highlights


A la recherche du Bleu Chanel

COVER STORY

English 中文
avril 2025


A la recherche du Bleu Chanel

Avec en tête la J12 Bleu Tourbillon Diamant, Chanel inaugure une nouvelle famille de la saga des J12. Après le noir et le blanc, voici la très subtile céramique bleue de Chanel. Chic et mat.

S

pontanément, on associe Chanel à deux codes couleurs essentiels: le noir et le blanc. Gabrielle Chanel n’a-t-elle pas dit et démontré que «le noir tient tout. Le blanc aussi. Ils sont d’une beauté absolue. C’est l’accord parfait.»

Dans cette parfaite continuité démonstrative, la première J12 se présenta en 2000 dans une robe de céramique noire, puis en habit de céramique blanche en 2003. Deux couleurs alors bien rares en horlogerie, mais aussi deux créations qui signent l’entrée de la céramique au rang de matière précieuse dans l’industrie horlogère.

«Bien sûr que le noir et le blanc sont d’incontournables références à la base du vocabulaire esthétique de Chanel mais le rapport de Chanel à la couleur est bien plus complexe que cela, comme nous l’expose Arnaud Chastaingt, Directeur du Studio de Création Horlogerie de Chanel. Le bleu de la J12 Bleu Tourbillon Diamant et des 8 autres créations exclusives ne provient pas de nulle part, loin de là.»

Arnaud Chastaingt, Directeur du Studio de Création Horlogerie de Chanel
Arnaud Chastaingt, Directeur du Studio de Création Horlogerie de Chanel

De fait, dans sa partition colorimétrique, Chanel a toujours utilisé du bleu: «Un bleu sourd, un bleu du soir, un bleu nuit décliné sur des velours, des tweeds, des ganses. Un bleu profond qui n’a rien à voir avec le bleu sportswear. Un bleu trop noir pour n’être que bleu, et trop bleu pour n’être que noir.» 

Parmi les inspirations qu’il cite, Arnaud Chastaingt évoque notamment une robe du soir présentée lors de la grande exposition Gabrielle Chanel. Manifeste de Mode au Palais Galliera à Paris (2020-2021), qu’il qualifie d’«un bleu magnifié», mais aussi le ballet de Jean Cocteau Le Train Bleu, chorégraphié par Diaghilev, dont Gabrielle Chanel avait réalisé les costumes, ou encore la dernière voiture de Mademoiselle Chanel, une Rolls-Royce à carrosserie bleu nuit et intérieur de cuir noir.

A la recherche du Bleu Chanel

Bleu nuit et noir

Bleu nuit et noir. Comment parvenir à transposer cet accord à la fois sourd et vibrant, d’un chic absolu, dans l’habit de céramique d’une J12? Parvenir à conjuguer une céramique bleue mate et un acier noir brillant: un accord subtil aux reflets finement contrastés, un «smoking» qu’il ne sera pas évident de réaliser. Car la céramique est une alchimie high-tech.

«En soi, le bleu en céramique est un sacré défi, explique Arnaud Chastaingt. J’ai rêvé d’un bleu à l’élégance rigoureuse – pas un bleu/rouge ni un bleu/jaune. Un bleu presque noir, d’une élégance nocturne.»

«Parvenir à matérialiser en céramique le bleu rêvé, parvenir à ressentir l’émotion de la couleur recherchée, a demandé une minutieuse exploration technique. Le travail en symbiose entre le Studio de Création de Paris et notre Manufacture horlogère de La Chaux-de-Fonds a été infiniment étroit, long, minutieux – cinq ans de recherches – jusqu’à y parvenir, détaille Arnaud Chastaingt. La seule chose que je pouvais offrir à la Manufacture était de leur laisser tout le temps. Et puis un jour, j’ai eu le coup de foudre. Le bleu était là. Un bleu nuit, un bleu noir, un bleu mat. Notre Bleu Chanel.»

A la recherche du Bleu Chanel

Après sélection des matériaux, les différentes étapes technologiques de la fabrication de la céramique passent par l’injection, le déliantage, le frittage, l’usinage et le polissage avant l’étape ultime de l’assemblage.

A la recherche du Bleu Chanel

La poudre d’oxyde de zirconium et les pigments sont mélangés à du liant, ce qu’on nomme feedstock. Ce mélange est injecté sous pression dans des moules en acier et entre en fusion. C’est là que sont formés l’ensemble des maillons du bracelet et des composants de la tête de montre.

A la recherche du Bleu Chanel

L’opération suivante de déliantage consiste à retirer le liant de la pièce injectée grâce à de l’acétone qui circule en circuit fermé. Puis l’opération dite de frittage va permettre d’obtenir la couleur choisie ainsi que la forme définitive de la pièce. Celle-ci va passer plusieurs jours dans des fours chauffés à plus de 1’300°.

A la recherche du Bleu Chanel

Durant cette opération, la pièce va perdre une partie de son volume pour parvenir à sa dimension finale exacte. C’est lors de cette opération que la pigmentation de départ va se figer. Mais c’est l’ensemble du processus qui va influencer la couleur finale, sachant qu’une des difficultés réside dans le choix des pigments dont certains disparaissent à la cuisson.

A la recherche du Bleu Chanel

Après l’usinage, la pièce est ébavurée et passe au polissage dans des cuves vibrantes mises en rotation avec de l’abrasif et du savon avant qu’on lui apporte sa finition mate. Elle est dès lors prête à passer à son assemblage, une opération largement manuelle.

La Manufacture Horlogère de Chanel

En 1993 déjà, Chanel a acquis Châtelain Frères, une entreprise sise à La Chaux-de-Fonds, spécialisée depuis 1947 dans le polissage, les finitions or, les bracelets de métal, le sertissage de pierres précieuses. Aujourd’hui, sur ces savoir-faire, la Manufacture Chanel s’est développée jusqu’à devenir une structure forte de près de 500 employés qui maîtrisent 60 professions.

Sous la bannière Chanel, Châtelain intègre ensuite progressivement la technologie de la fabrication de la céramique high-tech et en 2000, Chanel lance la J12, une montre qui a élevé la céramique au rang de matière précieuse.

Aujourd’hui, la Manufacture Chanel, outre son département dédié à la céramique, maîtrise le développement technique de la montre, la production de ses composants, le polissage, le sertissage, l’assemblage, l’homologation et dispose d’un important atelier de haute horlogerie, d’où sont issus depuis 2016, année du Calibre 1, neuf calibres maison, déclinés en 37 versions, dont celui qui équipe la J12 Bleu Tourbillon Diamant, le Calibre 5.

Alchimie de la couleur juste

Obtenir le bleu recherché a demandé aux équipes chargées du développement et de la fabrication céramique pas moins de 24 itérations et 150 essais pour enfin y parvenir.

C’est que la tâche, à la fois «alchimique et technique», est véritablement complexe. La céramique technique est fabriquée à partir d’aluns, en l’occurrence de l’oxyde de zirconium, un matériau minéral qui se présente sous forme de poudre. Mélangée à du liant et des pigments, cette poudre va être transformée en un matériau qui combine des propriétés uniques: dureté extrême, résistance à l’usure, à l’abrasion, aux hautes températures (jusqu’à 2’000 degrés), propriétés amagnétiques, isolantes et biocompatibles. La céramique technique est d’ailleurs largement utilisée dans l’aéronautique et le spatial (les fameux boucliers qui résistent à la rentrée dans l’atmosphère).

La fabrication est maîtrisée dans son intégralité par la Manufacture Chanel. Un rare savoir-faire.

Une robuste icône

En amont de la réalisation finale du produit, le laboratoire homologation de la Manufacture Chanel réalise une batterie de tests spécifiquement développés pour la céramique et pour le mouvement qui les équipe. Il y a tout d’abord les chocs infligés, directs – par exemple une chute – ou indirects, soit environ 11’000 chocs qui vont jusqu’à des 5’000G (quand l’on sait qu’un accident automobile génère plus ou moins 10G). Mais les tests subis ne s’arrêtent pas là: la montre passe dans des étuves climatiques et thermiques, subit des cycles de vieillissement accéléré, de résistance au magnétisme, des tests de vibration, de traction, de torsion, de compression, d’étanchéité.

Une collaboration au service de l’excellence

Mais revenons à la J12 Bleu Tourbillon Diamant, sa robe et son mouvement.

Entre le bureau technique, qui, sur la base des éléments reçus du Studio de Création, gère et développe entre 50 et 60 projets et références par an, dont 40% impliquent sertissage et joaillerie, et l’atelier de sertissage, fort de 24 sertisseuses et sertisseurs, la collaboration est étroite et continue. Un vrai travail collégial. Sur la base des dessins fournis par les équipes d’Arnaud Chastaingt au sein du Studio de Création Horlogerie à Paris, le bureau technique va définir les diamètres et les calibres des pierres qui seront serties, qu’il s’agisse de sertissage à préparation mécanique, de sertissage traditionnel totalement manuel ou encore de prestigieux sertissage martelé.

Le sertissage de la J12 Bleu Tourbillon Diamant a représenté un défi tout particulier. «Il fallait parvenir à conjuguer le bleu mat de la céramique et le bleu des saphirs sertis dans l’acier noir brillant de la lunette. «Trouver la teinte de saphir spécifique, et uniforme, qui puisse se marier parfaitement à ces éléments a aussi été une tâche longue et minutieuse, souligne Arnaud Chastaingt. Au début, les saphirs que je recevais tiraient un peu sur le rouge. Il a fallu chercher jusqu’à parvenir à ce ton d’une préciosité sourde qui vient l’habiller.»

Même travail subtil entre mat et brillant sur le bracelet aux finitions poussées. Avec sa ligne de maillons centraux et ses cassures d’angles vifs sur les rebords, on y retrouve un semblable jeu d’ombre bleue et de lumière noire.

A la recherche du diamant parfait

Au cœur, serti sur le tourbillon volant, un diamant dont la taille est inédite brille contre le bleu noir du cadran de céramique. «Arnaud Chastaingt voulait un diamant qui attire l’attention, nous disent les sertisseurs. Mais au bureau technique nous avons calculé que, question poids et équilibre, il ne pouvait pas excéder un diamètre de 2,5 mm.» Mais le design de la pièce en réclame plus, presque le double. «Avec une taille traditionnelle, un diamant de 4,5 mm est d’une hauteur de 4 mm, ce qui, question encombrement, était impossible à loger sur le tourbillon.»

Les sertisseurs vont réussir à trouver la solution en imaginant une taille sur œuvre qui a permis d’obtenir ce diamètre, qui magnifie cette pièce nocturne en lui apportant un vif éclat.

Côté pile bat le mouvement Calibre 5 Manufacture Horlogère de Chanel, automatique avec tourbillon volant. Traité en noir DLC, on y retrouve le jeu architechtonique des ponts et des rouages, une harmonie circulaire, sobre, qui est désormais – depuis le premier Calibre 1 de 2016 – la marque des mouvements de haute horlogerie de Chanel. On y reconnaît cette adéquation esthétique entre le visage de la montre, son corps de céramique et le design de son mouvement. Une équation que relève brillamment la J12 Bleu Tourbillon Diamant.


J12 BLEU DIAMOND TOURBILLON

  • Limited to 55 pieces.
  • Matte blue highly resistant ceramic and black-coated steel case.
  • Sapphire crystal caseback with « LIMITED TO 55 » inscription.
  • Black-coated steel fixed bezel set with 34 baguette-cut blue sapphires ( 4 carats).
  • Blue openworked dial.
  • Tourbillon cage set with 1 solitaire diamond with an exclusive cut ( 0.18 carat - F/G - VVS).
  • Black-coated steel non-screw-down crown set with a brilliant-cut diamond ( 0.16 carat).
  • Matte blue highly resistant ceramic bracelet with polished bevels and Black-coated steel triple-folding buckle.
  • Calibre 5: CHANEL Manufacture mechanical movement with manual winding and flying tourbillon.
  • Power reserve:  42 hours.
  • Functions: hours, minutes.
  • Complication: flying tourbillon.
  • Water-resistance: 50 metres.
  • Diameter: 38mm.
  • Blue sapphires: 34 baguette- cut blue sapphires ( 4 carats). Diamonds: 1 solitaire diamond ( 0.18 carat) and 1 brilliant-cut diamond ( 0.16 carat).
  • Number of components: 172.
  • Tourbillon cage set with 1 diamond.
  • Number of rubies: 29. Frequency: 28,800 vibrations per hour (4Hz).
  • Balance shock protection system.
  • Variable inertia balance.
  • Diameter of movement: 28.40mm – 121/2’’’.
  • Thickness of movement: 6.25mm.
  • Carats and materials are for indication only.
  • The values are non-binding.

VOTRE NEWSLETTER HEBDOMADAIRE