anniversaire de la Royal Oak a permis de célébrer Gérald Genta, non seulement pour ses créations développées pour de nombreuses manufactures, mais également pour son statut de premier designer horloger.
Avant lui, cette profession était relativement dans l’ombre et ses prédécesseurs sont restés largement anonymes dans l’histoire horlogère. Les archives d’Europa Star permettent d’éclairer les débuts du design horloger.
Le succès de Genta est certes le fruit de son génie propre, mais il convient aussi d’insister sur le contexte de l’époque, qui lui offre des opportunités pour mettre en valeur son talent.
Au cours des années 1960 et 1970, l’industrie horlogère suisse connaît une transformation profonde, qui n’est pas seulement due à l’avènement de la montre à quartz. On assiste en effet, principalement à Genève, à l’émergence de nouveaux modèles d’affaires fondés sur l’exploitation de projets marketing.
La marque et le produit sont au cœur de cette renaissance. Les entreprises ont besoin de montres à l’identité forte pour se distinguer sur un marché de plus en plus compétitif. Les designers horlogers émergent comme les créateurs de produits iconiques.
Au cours des années 1960 et 1970, les entreprises suisses ont besoin de montres à l’identité forte pour se distinguer sur un marché de plus en plus compétitif. Les designers horlogers s’affirment alors.
Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, les manufactures horlogères s’étaient concentrées sur les aspects productifs et technologiques. L’enjeu n’était pas tant le design des montres mais leur précision, car c’était elle qui fondait la réputation des marques et la compétitivité des entreprises.
L’exportation de mouvements nus et leur emboîtage par des partenaires locaux à travers le monde était extrêmement répandue (plus de 30% du volume des exportations horlogères dans les années 1930). Omega a ainsi d’abord été le nom d’un mouvement, avant de devenir celui d’une marque puis d’une entreprise. Le design des montres était alors l’affaires de fabricants indépendants de boîtes, de bracelets et de cadrans.
L’internalisation des activités de design par les manufactures apparaît au cours des années 1940 et 1950, lorsque ces dernières lancent de nouvelles collections basées sur la création de produits iconiques et de marques globales. Le contrôle interne du design de ces montres devient important à la création d’une forte identité visuelle et émotionnelle. C’est notamment le cas de la Datejust de Rolex (1945), de la Seamaster d’Omega (1948) ou de la Flagship de Longines (1957).
Omega est l’une des premières entreprises à se doter d’un département spécifique dédié au design de ses collections, le Service de Créations (1940). Il est confié à René Bannwart, un jeune designer né en 1915 à Zurich, qui avait commencé sa carrière chez Patek, Philippe & Cie en 1933. Il dirige le lancement de plusieurs collections, dont la Seamaster et la Constellation.
En 1955, Bannwart quitte Omega pour reprendre la direction de l’atelier d’horlogerie familial ouvert en 1924 à la Chaux-de-Fonds. Renommée Corum, cette entreprise connaît un essor important (5 employés en 1955 et 90 en 1992), qui repose notamment sur le lancement de montres au design novateur, la plus célèbre étant sans conteste la Golden Bridge.
Omega est l’une des premières entreprises à se doter d’un département spécifique dédié au design de ses collections, le Service de Créations (1940). Il est confié à René Bannwart, qui lancera la marque Corum quinze ans plus tard.
A l’exemple d’Omega, les autres manufactures horlogères suisses se dotent de services de design et engagent leurs propres créateurs. Ainsi, en 1955, Patek, Philippe & Cie confie le développement de nouveaux produits à Gilbert Albert.
Ce dernier contribue notamment à la création de montres-bijoux. A son départ, en 1962, il s’établit comme designer joailler indépendant en ville de Genève et devient bientôt une célébrité à travers la planète.
De même, Universal Genève engage Raoul Haas au début des années 1960 pour diriger son département de création. C’est également un designer spécialisé dans la joaillerie, qui travaillera aussi pour Patek, Philippe & Cie, ainsi que la filiale suisse de Bulova.
Lorsque Piaget décide de mettre sur le marché des montres de joaillerie, elle collabore dans un premier temps avec Jean-Claude Gueit, qui travaille au sein de l’atelier de bijouterie Ponti & Genari (P&G). Il prend en charge le département de création de Piaget en 1967, lorsque cette dernière rachète P&G.
Quant à la fabrique neuchâteloise Ernest Borel, elle recrute Henri DuPasquier, qui crée au milieu des années 1960 des modèles à l’identité visuelle forte afin de distinguer la marque de ses concurrents.
L’histoire du design horloger reste à écrire. Les archives d’Europa Star permettent déjà d’en souligner quelques spécificités: l’importance des collections spéciales des manufactures, la création de montres de joaillerie et l’importance de l’Ecole des Arts et Métiers de Genève (Ecole des arts décoratifs depuis 1952) comme lieu de formation.


