a relance de marques disparues est depuis plusieurs dizaines d’années le moyen d’acquérir rapidement une visibilité sur le marché horloger. Toutefois, les obstacles sont nombreux et le risque d’échec est grand, comme je le soulignais dans un article précédent consacré à la marque Léon Hatot. Malgré ces difficultés, les relances se multiplient en période d’incertitude et de crise. L’usage d’une marque ayant un passé peut donner l’idée d’une réduction des risques. Elle véhicule également le message d’un retour aux sources.
Parmi les nombreuses renaissances récentes dans l’horlogerie, il convient de souligner les cas de Gérald Genta et de Daniel Roth, deux marques relativement nouvelles, associées respectivement à un designer et à un artisan horloger. Rachetées par Bulgari en 2000, elles étaient devenues la propriété de LVMH lorsque ce conglomérat avait acquis le joaillier italien, en 2011. En 2023, LVMH a confié à sa manufacture responsable des montres Louis Vuitton, La Fabrique du Temps, de relancer ces marques. Les archives d’Europa Star permettent de remettre ces relances dans leur contexte historique. Prenons l’exemple de Daniel Roth.
Né en France en 1945, Daniel Roth commence sa carrière d’horloger chez Jaeger-LeCoultre avant d’entrer au service d’Audemars Piguet. Il est rapidement repéré par les joailliers parisiens Chaumet, qui ont racheté la marque Breguet et désirent la relancer. Il entre au service de cette firme en 1974. Il dirige l’équipe qui développe de nouvelles collections de montres-bracelets en hommage à Abraham-Louis Breguet, s’inspirant du design des pièces réalisées à la fin du 18ème siècle. Il connaît un grand succès au cours des années 1980, qui culmine avec le lancement d’une montre tourbillon en 1990, après plusieurs années de développement.
Entre temps, Daniel Roth avait quitté Breguet, dans le contexte des difficultés financières de Chaumet. Il s’établit comme horloger indépendant en 1988.
Il poursuit son œuvre d’artisan horloger dans la continuité du travail réalisé pour Breguet, développant des montres-bracelets équipées de complications, au design classique largement inspiré des créations faites au cours des années 1980.
Au milieu des années 1990, tout en poursuivant le développement de montres classiques, il innove avec le lancement de montres au design plus moderne, sans doute dans le but de mieux se distinguer de Breguet, qui entre dans une phase d’essor (la marque sera rachetée par Swatch Group en 1999). Des montres sports et joaillerie s’ajoutent à ses collections de montres à complications.
Cette diversification de produits résulte aussi probablement du rachat de l’entreprise Daniel Roth par le détaillant The Hour Glass, de Singapour, en 1994. Cinq ans plus tard, en 1999, ce dernier décide de rassembler Daniel Roth avec une seconde marque qu’il possède également, Gérald Genta, au sein d’une seule entreprise, La Manufacture de Haute Horlogerie. Les synergies entre leurs deux marques sont censées améliorer leur profitabilité.
Les difficultés financières restent cependant importantes et, en 2000, Bulgari rachète La Manufacture de Haute Horlogerie. Elle affirme ainsi ses ambitions sur le marché horloger.
De nouveaux modèles sont mis sur le marché afin d’affirmer la renaissance de Daniel Roth après sa reprise par Bulgari. Mais c’est le tourbillon qui reste le plus emblématique de cette marque.
Malgré une réelle créativité esthétique et technique de la marque Daniel Roth, Bulgari décide de cesser la production de ces montres vers 2015, peu après l’arrivée de Jean-Christophe Babin à la tête du joaillier italien. Le nouveau CEO a de grandes ambitions pour Bulgari dans le domaine de l’horlogerie de luxe. Il désire se concentrer sur cette marque.
En 2023, après bientôt dix ans d’absence, LVMH décide de relancer la marque Daniel Roth et son iconique tourbillon. Bulgari est désormais solidement établi comme l’un des grands noms de l’horlogerie. Toutefois, les autres marques de montres du groupe, de TAG Heuer à Zenith en passant par Hublot, ont eu plus de peine à trouver le chemin de la croissance après la pandémie de COVID-19. La renaissance de Daniel Roth apparaît ainsi comme une alternative dans ce contexte difficile.


