errière l’expansion de l’utilisation du saphir en horlogerie, pour le verre de montre et bien au-delà (boîtier, bracelet), figurent plusieurs sociétés spécialisées dans la fabrication et le traitement de ce matériau, comme Econorm, Sébal, Erma, Stettler ou encore Comadur (Swatch Group), pour ne citer que quelques acteurs de la branche.
Son entrée en horlogerie date de plusieurs décennies déjà, avec l’utilisation dès 1929 d’une glace saphir pour protéger le cadran de la Duoplan de Jaeger-LeCoultre. Depuis 1966, la marque suisse Century a pour sa part fait des montres en saphir sa spécialité, grâce à la technique ingénieuse «Megalith» qui permet de fusionner deux disques de saphir en une seule pièce inséparable. En 1980, le maître-horloger Vincent Calabrese concevait quant à lui une montre entièrement en saphir pour Corum, dont la transparence permettait d’admirer toute l’ingéniosité du mouvement baguette de la Golden Bridge.
Depuis lors, la quête de transparence de l’horlogerie, qui «se dénude» pour se révéler toujours plus spectaculaire, a mené à l’utilisation croissante du saphir dans l’industrie. En 2020, Chanel poussait l’exercice jusqu’à proposer un bracelet entièrement en saphir sur sa J12, une première mondiale. En 2021, Hublot dévoilait son spectaculaire modèle Big Bang Integral Tourbillon Full Sapphire.
La quête de transparence de l’horlogerie, qui «se dénude» pour se révéler toujours plus spectaculaire, a mené à l’utilisation croissante du saphir dans l’industrie.
Saphir et rubis, des cousins
«Pour innover et affiner le traitement du saphir, il faut commencer par connaître parfaitement la matière première», souligne Anthony Schwab, à la tête d’Econorm, qui dispose d’ateliers à Saint-Imier et Gams. Le saphir est en réalité un type de gemme de corindon, dont la variante rouge est connue sous le nom de rubis. Saphir et rubis sont donc des «cousins», tous deux très répandus en horlogerie, connus pour leur dureté (le deuxième matériau naturel le plus dur après le diamant) mais difficiles à usiner.
Naturellement incolore, le corindon se teinte par la présence d’«impuretés» – par exemple des traces de fer et titane engendrent la couleur bleue, la plus répandue à l’état naturel. Les principaux gisements de saphir se trouvent dans le sud de l’Asie et l’est de l’Afrique.
Mais qu’on ne s’y trompe pas: l’horlogerie a essentiellement recours à du saphir de synthèse, produit dans la plupart des cas grâce à une méthode conçue en 1902 par Auguste Verneuil. Le procédé industriel «Verneuil» fait naître le saphir goutte à goutte à partir de poudre d’alumine mise en fusion par une flamme à l’hydrogène, à une température supérieure à 2’000 °C.
L’horlogerie a essentiellement recours à du saphir de synthèse, produit dans la plupart des cas grâce à une méthode conçue en 1902 par Auguste Verneuil.
Traitements de pointe
«Face à la concurrence asiatique, nos partenaires Timsaph et Sébal, tous deux implantés dans le Jura, ont lancé une production de saphir 100% suisse, ce qui nous permet de pouvoir compter sur une ressource locale pour affiner nos technologies», souligne Anthony Schwab. Sur la base de cette matière première, Econorm produit depuis 2018 des saphirs «fonctionnels» pour l’horlogerie bénéficiant de traitements de pointe: antireflets 2 faces, à filtre UV, achromatiques ou encore antistatiques et hydrophobes. Non traité, le saphir reflèterait beaucoup trop la lumière et le cadran ne serait pas bien visible.
Le responsable précise: «Les saphirs fonctionnels sont conçus pour aider le porteur de la montre tout comme la manufacture qui la conçoit. Par exemple, l’ajout d’une fonction antistatique permettra d’éviter les poussières au montage et de préserver la bonne chronométrie de la montre face aux effets d’électricités statiques. La fonction filtre UV, quant à elle, permet de préserver les couleurs du cadran et garantit ainsi au client un produit fidèle à son choix. Elle évite aussi le vieillissement prématuré des huiles pour une montre squelette et donc un retour SAV à la manufacture.»
Outre les glaces, la société livre également des cadrans, des carrures et même des éléments du mouvement comme des roues dentées en saphir.
Les saphirs «fonctionnels» bénéficient de traitements de pointe: antireflets 2 faces, à filtre UV, achromatiques ou encore antistatiques et hydrophobes. Non traité, le saphir reflèterait beaucoup trop la lumière et le cadran ne serait pas bien visible.
Une question de prix
Pour sa R&D, Econorm collabore avec le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa). Plus d’un million et demi de verres saphir sortent chaque année des ateliers de la société, à un prix unitaire allant de moins de dix francs à plusieurs milliers de francs selon la complexité de l’ouvrage (la société a par exemple travaillé sur le verre dôme de la Flying T, la première montre pour femmes de MB&F).
Son saphir fonctionnel n’est d’ailleurs pas réservé à l’horlogerie: comme nombre de sous-traitants suisses, l’entreprise de 60 collaborateurs travaille également pour le secteur médical et automobile et même le spatial.
«Aujourd’hui, la majorité des approvisionnements en verre saphir de l’horlogerie suisse provient d’Asie, relève encore Anthony Schwab. Nous avons espoir que cela change, peut-être avec la montée en gamme de l’horlogerie suisse et l’augmentation du prix moyen. La demande devrait croître pour notre verre saphir high-tech. Mais c’est dommage de devoir en passer par là, car parfois, ça se joue à une différence de deux francs pièce…»
«Aujourd’hui, la majorité des approvisionnements en verre saphir de l’horlogerie suisse provient d’Asie. Nous avons espoir que cela change, peut-être avec la montée en gamme de l’horlogerie suisse et l’augmentation du prix moyen.»


