u cours du grand siècle de la recherche chronométrique, Abraham-Louis Breguet fut l’un des premiers horlogers à s’intéresser de manière approfondie à l’optimisation des pertes d’énergie dans l’échappement. Son échappement naturel, qui comportait déjà deux roues d’échappement, visait à réduire les frottements et à améliorer le rendement du mouvement. Malgré cette avancée notable, le système restait relativement énergivore en raison du nombre important de rubis nécessaires à son fonctionnement.
En 1865, l’horloger allemand Charles Fasoldt déposa un brevet pour ce qui peut être considéré comme le premier échappement «co-axial». Celui-ci reposait sur deux roues d’échappement partageant le même axe. L’innovation la plus remarquable résidait dans l’introduction d’une ancre à trois palettes, permettant de limiter les pertes d’énergie dues aux frottements.
Ces travaux inspirèrent plus tard l’horloger britannique George Daniels, qui consacra une grande partie de sa carrière à perfectionner le principe du co-axial. Son objectif était d’éliminer les phases énergivores inhérentes à l’échappement à ancre traditionnel – notamment le repos, le dégagement et l’impulsion – et surtout de supprimer les frottements par glissement. En remplaçant ces derniers par des contacts essentiellement radiaux, Daniels réduisit considérablement la dépendance aux lubrifiants, souvent responsables d’une dégradation progressive de la précision.
Conçu dans les années 1970 et breveté en 1980, l’échappement co-axial demeura longtemps difficile à industrialiser. Ce n’est qu’à la fin du 20ème siècle que Nicolas Hayek décida d’en soutenir la production industrielle au sein du Swatch Group et de l’intégrer dans les mouvements de la manufacture Omega SA.
En 1999, la marque lança le premier mouvement de série équipé de cet échappement: le calibre co-axial 2500, introduit notamment dans la collection Constellation. Malgré les réserves initiales de Daniels concernant les fréquences élevées, ce calibre fonctionnait à 28’800 alternances par heure, fréquence qui fut par la suite légèrement réduite afin d’optimiser la fiabilité du système. L’amélioration du rendement énergétique permit également d’espacer les intervalles de révision tout en renforçant la stabilité chronométrique du mouvement. Une aubaine marketing.
L’introduction du spiral en silicium
Une nouvelle étape décisive fut franchie en 2008 lorsque le Swatch Group introduisit un spiral en silicium dans un mouvement entièrement repensé autour de l’échappement co-axial.
L’utilisation de ce matériau marque une avancée majeure dans la quête d’une chronométrie toujours plus stable. Le silicium présente en effet plusieurs propriétés particulièrement avantageuses pour les organes réglants: il est totalement amagnétique, extrêmement léger et possède un coefficient de dilatation thermique très faible, ce qui le rend peu sensible aux variations de température. Sa résistance aux chocs et aux déformations a été grandement améliorée grâce aux traitements chimiques, sa stabilité thermique naturelle garantit une constance chronométrique durable.
Grâce à ces caractéristiques, l’organe réglant gagne en efficacité énergétique et en régularité de marche. L’association du spiral en silicium et de l’échappement co-axial permet ainsi à Omega d’atteindre des performances chronométriques particulièrement élevées tout en améliorant la fiabilité globale du mouvement.
Certifications chronométriques et évolution des standards
Les montres de la manufacture Omega bénéficient aujourd’hui d’une double certification: celle du Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres (COSC) et celle de «Master Chronometer», délivrée par l’Institut fédéral suisse de métrologie (METAS).
La Speedmaster Super Racing, équipée du calibre 9920, est la première montre à intégrer le système de réglage «Spirate», présenté en janvier 2023. Son balancier conserve un spiral en silicium mais bénéficie désormais d’un dispositif de micro-réglage d’une précision exceptionnelle.
Traditionnellement, le COSC impose une précision comprise entre −4 et +6 secondes par jour, soit un écart maximal de 10 secondes. Cette année, une nouvelle norme plus exigeante, baptisée «COSC Excellence Chronometer», sera introduite. Celle-ci réduit la tolérance à une plage comprise entre −2 et +4 secondes par jour, avec un écart maximal de 6 secondes.
Le certificat METAS adopte une approche encore plus stricte. Il exige une précision comprise entre 0 et +5 secondes par jour, sans valeur négative, tout en soumettant les montres à des tests supplémentaires simulant les conditions réelles de port, incluant notamment la résistance aux champs magnétiques et la vérification de la réserve de marche.
La Speedmaster Super Racing va encore plus loin en annonçant une tolérance entre 0 et 2 secondes par jour (moyenne d’1 seconde en valeur absolue).
Dans la pratique, la précision effective dépendra toujours des conditions d’utilisation et des mouvements du porteur. Néanmoins, les collectionneurs privilégient généralement une montre légèrement en avance plutôt qu’en retard, ce qui rend l’absence de valeurs négatives particulièrement appréciée.
Par exemple, les dernières tolérances de Rolex à -2/+2 secondes par jour, malgré un delta de 4, affichent une moyenne théorique de 0.
Le système de réglage Spirate
Dans un mouvement traditionnel équipé d’une raquette, l’ajustement de la précision s’effectue en modifiant la longueur active du spiral. La lame du spiral passe entre deux fines goupilles, le battement entre ces 2 goupilles définit la fréquence effective, qui peut se modifier en avançant ou reculant la raquette.
Le système «Spirate» adopte une approche différente. Il permet un réglage micrométrique sur une plage d’environ ±5 secondes par incréments de 0,1 seconde. Plutôt que d’agir sur la longueur active du spiral, ce dispositif modifie sa rigidité.
Le spiral en silicium utilisé dans ce système a été traité chimiquement par gravure profonde réactive (DRIE) afin de limiter sa sensibilité aux contraintes physiques. Le réglage s’effectue au moyen d’une vis spécifique et d’un outil dédié, sous laquelle est placée une came en forme d’escargot permettant un ajustement extrêmement précis.
Chronométrie et production industrielle
La Speedmaster Super Racing illustre la capacité d’Omega à conjuguer production industrielle de haute qualité et innovation horlogère avancée. En associant l’échappement co-axial, le spiral en silicium et le système de réglage Spirate, la manufacture repousse les limites de la précision mécanique contemporaine.
Positionnée dans la catégorie du luxe dit «abordable», cette montre démontre qu’une production industrielle maîtrisée peut atteindre des performances chronométriques remarquables, tout en bénéficiant des certifications exigeantes du COSC et du METAS. L’un des avantages notables du système Spirate réside enfin dans la possibilité d’effectuer ce réglage de haute précision directement en boutique.


