est au pied des Franches-Montagnes jurassiennes, à Glovelier au coeur de la «Watch Valley», que s’écrit l’histoire de BIWI depuis sa création en 1981. Mais l’aventure débute avant. Le grand-père, Pierre Bourquard, fils de paysan et passionné de mécanique, fait son apprentissage dans un garage à vélos. Il achète son premier tour mécanique pour réaliser des pièces lui-même et fonde la société Pibor ISO SA (pour Pierre Bourquard Rebetez du nom de son épouse) en 1952 à Boécourt.
Il se spécialise dans la conception et la fabrication de composants de haute précision et devient un acteur majeur de la micro-technique, partculièrement actif pour l’horlogerie. Il déménage ensuite à Glovelier. Ses enfants intègrent l’entreprise, Jean-Pierre et Pascal Bourquard Sr. - respectivement l’oncle et le père de Pascal Bourquard Jr. Lors de la transition familiale, l’aîné, Jean-Pierre, reprend Pibor, qui est devenu une entreprise de près de 100 collaborateurs.
Pascal, motivé à l’idée de montrer ses capacités, a repéré le fort développement du département BIOUI, qui réalise des joints de couronne de montres. Il propose de reprendre ce dernier avec quatre collaborateurs et créera à partir de celui-ci la société BIWI en 1981. Poussés par l’esprit de compétition entretenu par leur père, les deux frères développent les deux entreprises en parallèle. BIWI dépassera PIBOR en 2011. Au-delà de la compétition initiale, «c’est aujourd’hui une grande fierté pour moi-même et mes cousins (chez Pibor, ndlr) de voir comment se sont développées nos deux entreprises familiales», commente Pascal Bourquard Jr.
De père en fils, mais pas en ligne droite
La transmission d’une entreprise familiale n’est pas toujours facile et chez BIWI, le père était très exigeant. Au départ, son fils, Pascal Bourquard Jr., ne voulait pas travailler dans l’entreprise familiale. Il raconte: «Mes parents ont divorcé quand j’avais 4 ans. Ma mère était vendeuse dans une boulangerie, c’est elle qui m’a éduqué, très loin du monde de l’industrie. Mon père était plutôt absent, son temps consacré à l’entreprise. Mais à mes 18 ans, il semble avoir réalisé le retard pris dans mon éducation. J’ai fait un diplôme de micro-mécanique à Bienne, que j’ai complété par trois ans de formation comme employé de commerce.»
À sa remise de diplôme, son père est là: «Cela m’a fait très plaisir - et il me propose un poste chez BIWI. J’ai d’abord refusé, puis j’ai demandé dans quel département. Dans la sécurité, m’a-t-il répondu. Cela ne me faisait pas rêver. Il m’a poussé à faire un an d’étude supplémentaire de spécialiste en médecine, santé et sécurité pour pouvoir prendre le poste. Je l’ai fait et j’ai commencé dans l’entreprise en 2010.»
Les débuts furent difficiles. Nulle trace de népotisme ici. Le CEO actuel se souvient: « Mon père disait toujours “ce n’est pas le sang qui fait l’homme, mais les compétences”… et il a appliqué ce principe de la manière la plus stricte. Il était très dur avec moi, mais je lui ai tenu tête, je me suis fait respecter par mes actions pas par mon nom.»
En 2012, Pascal Bourquard Jr. reprend la gestion de la qualité, ce qui lui donne une vision globale de tous les processus au sein de l’entreprise. En 2014, il fait ses armes au département commercial. «À posteriori, je réalise que j’ai tout appris sur le tas, en commençant tout en bas, et c’est ce qui m’a permis de prendre la direction de l’entreprise en 2017», reconnaît-il aujourd’hui. Son père le voyait certainement ainsi également, puisqu’il quitte alors la direction opérationnelle pour laisser les rênes de la société à son fils à ce moment là.
Passer de sous-traitant à marque
À son arrivée comme CEO, Pascal Bourquard Jr. met en place sa vision de l’entreprise, qu’il conçoit comme une marque. Il commence par une rénovation complète de l’outil de production, qu’il améliore tant au niveau de la productivité que du bien-être des employés, et s’attelle à une approche plus «marketing», axée sur le design et la communication. Il développe aussi l’équipe R&D pour perpétuer le savoir-faire du spécialiste de la transformation de matériaux technologiques. Le but est notamment de développer une approche proactive proposant, à travers le LAB créé en 2018, de nouveaux matériaux, du design, du prototypage.
BIWI passe ainsi de pur «sous-traitant» à véritable marque partenaire de ses clients, aux rangs desquels on retrouve de grands noms comme Hublot (pionnier du caoutchouc), Audemars Piguet, IWC, Richard Mille (carrure et lunette en TitaCarb®), mais aussi de jeunes pousses comme Norqain. Deux nouveaux bâtiments ont vu le jour depuis lors et le parc machines atteint aujourd’hui plus de 60 unités.
Un troisième bâtiment est en développement et devrait être inauguré en 2027 avec 40 machines supplémentaires. Il sera dédié aux matériaux composites. Tout cela malgré les risques liés aux multiples incertitudes du marché horloger. Le CEO de 37 ans insiste: «Nous avons investi durant le Covid. C’est souvent en temps de crise qu’il faut continuer ses efforts. Nous avons gagné en productivité et en flexibilité.» Et la diversification sectorielle est toujours d’actualité pour l’entreprise qui compte désormais quelque 300 employés.
Des joints d’étanchéité aux cartes d’identité
Les O-ring, ces joints en caoutchouc noir qui garantissent l’étanchéité, sont à la base de la réussite de l’entreprise. L’horlogerie en général, et Swatch en particulier, en étaient de grands consommateurs dès les débuts de BIWI. «Nous en avons produit des dizaines de millions, mais c’est surtout la vision des possibilités de diversification sectorielle qu’a eue mon père qui a propulsé l’entreprise à un autre niveau», souligne Pascal Bourquard Jr.
En effet, dès 1990, BIWI réalise les fameuses «boules» de souris pour la firme Logitech. «La première commande était de 5’000 pièces. Depuis ce sont des millions d’unités qui ont été produites et cela a démontré le fort potentiel de développement dans d’autres secteurs.» En 2000, l’entreprise réalise les masques à gaz pour l’armée suisse. Une commande de 500’000 pièces! En 2010, la Confédération fait appel au savoir-faire de BIWI pour réaliser les nouvelles cartes d’identité suisses au format de carte de crédit. «Nous en produisions 5’000 par jour. C’est aussi grâce à ce type de diversification que notre département R&D s’est toujours développé. Au début, nous ne faisions que du caoutchouc noir. Vingt ans plus tard, nous avions du blanc, puis cinq couleurs. Nous en proposons une palette de plus de 300 couleurs aujourd’hui.»
Cette offre élargie a permis à BIWI de réduire sa dépendance à l’horlogerie, passant de plus de 90% de clients dans ce secteur jusqu’en 2016 à 70% aujourd’hui. Pascal Bourquard Jr. donne quelques exemples de diversifications des services de son entreprise: «Nous sommes présents dans le médical, la joaillerie, la cosmétique. Nous faisons des jetons de poker et de mahjong. Nous travaillons pour les couteaux suisses (comme Swiza et son habillage en Bioroc, matériau biosourcé à 40% à base d’huile de ricin, ndlr) et même dans l’art, notamment au travers de notre collaboration avec Richard Orlinski, mais pas uniquement. Bien sûr, de nombreuses innovations restent sur l’horlogerie, mais ces développements montrent bien que notre savoir-faire est applicable dans beaucoup d’autres secteurs. Et notre nouvelle usine va ouvrir encore davantage de possibilités. Le but est d’arriver à une répartition équilibrée entre l’horlogerie et d’autres industries.»
Une vision responsable de l’innovation
Outre la dimension marketing, design et communication qu’il a su intégrer dans sa vision de BIWI, le directeur général a aussi apporté une approche responsable du développement de la société. Le slogan de l’entreprise «Born to build your future» évoque non seulement l’innovation, centrale chez BIWI, mais aussi une dimension durable désormais partie intégrante de l’entreprise. Cela passe d’abord par une certification ISO 9001 des processus de qualité en amélioration continue, puis une certification ISO 13485 du système de gestion de qualité qui répond aux exigences du secteur médical.
Mais BIWI va plus loin, convaincu de «la nécessité de faire sa part pour offrir un avenir durable aux générations futures», comme le dit Pascal Bourquard Jr. La transparence est le premier point important: «Nous sommes 100% Swiss made. Notre outillage est fabriqué en Suisse. Nous avons mis en place des boucles de circularité en interne partout où cela est possible. Nous vendons même certaines de nos matières recyclées.» La durée de vie des caoutchoucs a ainsi été multipliée par 10 en 15 ans.
«Aujourd’hui, aucun développement ne se fait s’il n’est pas biosourcé, renchérit l’entrepreneur. Notre Superlite X est à base d’huile de ricin à 60%. Notre Neocarb by BIWI, présenté cette année à Watches and Wonders, réalisé en impression 3D, avec un fil en polymère et un fil en fibre de carbone, permet de faire du sur-mesure avec moins d’usinage - donc moins d’énergie utilisée - et moins de rebuts pour arriver quasiment à du zéro déchets.»
Une approche qui se matérialise aussi par la participation active de l’entreprise au Swiss Triple Impact depuis 2023 pour proposer 80% de caoutchoucs ou plastiques biosourcés ou recyclés et une certification EVE Vegan (depuis 2020), garantissant aucun ingrédient d’origine animale ou test sur les animaux. BIWI est aussi certifiée Ecovadis. En 2024, l’entreprise a obtenu le label «Great place to work».
Au final, BIWI montre que l’expansion d’une entreprise familiale passe par des visions fortes du développement et que chaque génération a la capacité d’apporter de la pertinence et de la valeur à ce processus. Son histoire démontre également que la sous-traitance a un rôle central à jouer pour que ce développement soit aussi durable que possible.


