a Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) est l’association faîtière qui regroupe plus de 400 entreprises, soit plus de 90% des fabricants suisses de montres et de composants. Elle sert à représenter, défendre et développer les intérêts de l’horlogerie en Suisse et à l’étranger. Le volet normatif et durabilité contribue bien évidemment à ce rayonnement.
Pourquoi une méthodologie ACV?
Raphaël Schwarz est président du comité technique ISO / TC 114 depuis 2022. Il anime la commission «veille législative» sur tous les sujets concernant l’horlogerie suisse, notamment pour la protection du consommateur et de l’environnement. Le comité rédige également les normes internationales pour l’horlogerie.
Il explique: «Depuis plusieurs années, les demandes des marques se multiplient pour avancer sur la durabilité. Un groupe de travail spécifique a donc été créé, le GT Durabilité, qui supervise notamment la mise en place de projets sur de nombreuses thématiques liées à l’ESG (Environnement, Société et Gouvernance, ndlr). La proposition de définir une norme de méthodologie ACV pour l’horlogerie a été faite le 1er décembre 2022. Sa création a débuté mi-2023. Elle a abouti et a été publiée en avril 2026.»
Le spécialiste élabore: «L’ACV est basée sur les normes ISO 14040 et 14044. Ces dernières laissent une marge d’interprétation importante sur de nombreux points. Le but d’une norme plus spécifique pour l’horlogerie est d’obtenir des modes de calcul plus précis et comparables pour les rapports de durabilité ou tout simplement pour la clarté envers le consommateur, comme, par exemple, il pourrait bientôt être obligatoire dans le Digital Product Passeport européen. Il est important d’avoir une méthodologie adaptée au produit horloger. C’est aussi ce qui permettra par la suite de transposer cette norme au niveau international (ISO, ndlr).»
Comment définir la norme?
Pour prendre en compte tous les paramètres, un groupe de travail a été mis en place, réunissant de grandes et petites marques, des groupes, des sous-traitants, des fournisseurs et des experts indépendants. Mais Raphaël Schwarz ne cache pas la difficulté: «Le concept de durée de vie est très complexe. Il a été décidé de parler principalement de la montre elle-même et d’essayer d’exprimer le comportement général du consommateur en fonction de sa typologie. Ce dernier n’agit pas de la même manière pour une montre d’entrée de gamme et une montre de valeur, par exemple, en or, en platine, ou issue d’un héritage familial. Avec toutes les parties prenantes, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y a une perte potentielle, de l’ordre de 10-20%, et avons fixé le taux de recyclage en accord avec les recommandations européennes pour chaque matériau.»
Pas moins de trois ans ont ensuite été nécessaires pour arriver à la norme NIHS 70-10. Le spécialiste précise: «Son but est d’avoir un calcul précis et commun qui permette d’obtenir des données comparables car, d’une part, une partie des consommateurs y attache de l’importance, et d’autre part, cela pose les bases pour avancer au niveau international avec un document de référence.» Pour mémoire, avant d’arriver à une norme internationale de type ISO, il faudra que tous les participants concernés (Chine, Japon, France, UK, Allemagne, notamment) s’accordent sur une définition commune.
Intérêt pour les marques
Au-delà des considérations techniques incontournables pour parvenir à une norme qui ait du sens, déterminer une ACV précise est surtout la base pour toute marque pour comprendre et évaluer l’impact de ses produits sur toute leur durée de vie. C’est aussi une étape indispensable dans une optique d’amélioration continue.
Mais cela est-il encore une priorité pour les entreprises dans le contexte actuel, aux multiples incertitudes? Le fait que le GT Durabilité de la FH soit l’un des plus actifs montre que l’industrie a une volonté claire d’avancer dans cette dimension de durabilité de l’industrie. Raphaël Schwarz le confirme par observation: «Toutes les fonctions participantes au groupe de travail n’existaient même pas il y a cinq ans. L’avancée est bien réelle. La prise de conscience est évidente.» Il semble donc que malgré la discrétion innée de l’industrie sur le sujet, le travail de fond soit en cours.
Certes, une telle approche représente une contrainte supplémentaire mais dès que l’on envisage un message positif pour toute la branche, la réflexion devient plus aisée. Le spécialiste réglementaire le résume ainsi: «Faire des circuits plus courts, baisser l’impact environnemental, tout en restant compétitif et parer dans le même temps aux potentielles difficultés d’approvisionnement à venir (cuivre, zinc, acier, etc) sont autant de points qui font pencher la balance vers une approche durable. La dimension stratégique et économique devient de plus en plus flagrante… et convaincante.»
Intérêt pour le consommateur?
Le passeport produit digital (DPP) européen qui devrait entrer en vigueur d’ici 2027 ne manquera pas de mentionner des informations concernant l’ACV d’un produit, même si sa portée sera limitée à certains produits spécifiques dans un premier temps. D’autre part, de nombreuses études le montrent: la Gen Z - qui représentera plus de 30% des dépenses dans le luxe d’ici 2030 - accorde une importance grandissante à ces données de durabilité, de l’ordre d’entre 62 et 70% selon les études.
Raphaël Schwarz rappelle un point pour conclure: «Le rôle des législateurs et de l’industrie est de fournir des informations claires et précises qui permettent aux consommateurs de faire un choix éclairé.» Le consommateur pourra décider de leur pertinence. C’est ensuite la conscience de chacun qui prendra les décisions de consommation. Mais savoir où commence et où finit sa montre, quels impacts elle aura eu sur l’environnement et la société devraient bientôt être des informations que les consommateurs auront à leur disposition.


