Joaillerie et horlogerie


Ahmad Torkmany remporte le concours Bucherer Fine Jewellery

mai 2026


Ahmad Torkmany remporte le concours Bucherer Fine Jewellery

Depuis quatre ans, la maison Bucherer organise le concours Bucherer Fine Jewellery en association avec le centre de formation professionnelle Arts (CFP Arts). Cette année, c’est l’élève de fin d’année Ahmad Torkmany qui a remporté le premier prix de l’édition 2026 avec sa bague Germina ornée d’une tourmaline d’une intense teinte rose-rouge. La remise des pris a eu lieu à la boutique Bucherer le 28 mai.

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uand on fait partie du jury lors d’un concours de joaillerie, on nourrit forcément l’espoir de découvrir, parmi tous les participants, une créatrice, un créateur, dont le nom s’inscrira dans l’histoire du bijou. Le moment du choix est toujours fascinant. Qu’est-ce qui se cache derrière chaque dessin, chaque intention créative: un regard unique, une écriture singulière, un talent en devenir?

Le concours Bucherer Fine Jewellery est né de la rencontre entre Antonio Teixeira, directeur de la boutique Bucherer de Genève, et Richard Carbonnelle, maître adjoint à la direction Bijouterie-joaillerie du Centre de formation professionnelle arts (CFP Arts). Et depuis quatre années, il célèbre la transmission, l’exigence et l’avenir des métiers de la joaillerie.

Chaque édition met en lumière de jeunes créatrices et créateurs au terme de leur dernière année de formation, à cet instant fragile et décisif où, forts de leurs savoir-faire, ils vont quitter l’école pour entrer dans le monde professionnel.

La bague Germina imaginée par Ahmad Torkmany
La bague Germina imaginée par Ahmad Torkmany
©Isabelle Cerboneschi

Ce concours est profondément inspirant. Chaque année, Bucherer invite les étudiants à créer autour d’un thème imposé. Cette édition faisait dialoguer le monde végétal et une tourmaline rose pinkish red de forme poire de 4.82 ct., à la fois source d’inspiration et enjeu du concours.

Le lauréat se voit remettre cette gemme afin de donner vie au bijou qu’il a dessiné. Tout au long du processus créatif, les élèves bénéficient de l’accompagnement de Richard Carbonnelle, de leur professeur Emmanuelle Garcia Gavillet ainsi que du regard attentif de Nicolas Youssoufian, Jewellery Department Manager, et de Frédérique Berman, experte et responsable de la clientèle privée chez Bucherer.

Les dossiers complets présentés au jury - composé d’acteurs de l’industrie du bijou et dont Europa Star faisait partie - révélaient bien davantage qu’un simple exercice de style. Argumentaires, recherches préparatoires, esquisses et gouachés étaient tous portés par une imagination fertile. Mais comment départager de tels projets lorsque chacun dévoilait un univers singulier et des partis pris très affirmés?

Il y avait ce peigne précieux inspiré du Gerbera et dessiné par Manon Rossi qui a remporté la deuxième place ou encore cette broche inspirée du lys martagon de nos montagnes signée Eliott Benagas qui a remporté le troisième prix. Le premier prix du public a été remporté par le collier tout en délicatesse de Léa Bernerd; quant à la boucle d’oreille végétale signée Inès Genève, dont les volutes grimpaient jusqu’au front, elle a a valu à sa créatrice le deuxième prix du public. Chaque création racontait une histoire et dessinait un monde.

Ahmad Torkmany, lauréat de l'édition 2026 du concours Bucherer Fine Jewellery
Ahmad Torkmany, lauréat de l’édition 2026 du concours Bucherer Fine Jewellery
©Johann Sauty

Mais revenons au lauréat. C’est la superbe bague Germina imaginée par Ahmad Torkmany qui a remporté le premier prix du concours Bucherer Fine Jewellery. L’étudiant a reçu la tourmaline afin de réaliser sa pièce qui fut dévoilée pour la première fois début mai au cœur du salon GemGenève. Une bague à la structure complexe, presque architecturale, composée de feuilles d’argent pliées comme des vagues et dont l’une d’elles est sertie de zircons sur la tranche. Pour l’avoir essayée, elle a un porté magnifique: du fait de son asymétrie, la pierre semble se reposer sur le doigt d’à côté, formant ainsi une élégante parure de main.

Au fil des années, ce concours a pris une ampleur croissante et est devenu un tremplin pour ces jeunes talents à l’aube de leur carrière. Par exemple, suite à sa victoire, la lauréate de l’édition 2024 Fanny Lienhard a été admise à la prestigieuse Haute École de Joaillerie de Paris. Elle a rejoint depuis l’équipe d’un joaillier parisien.

Nous avons rencontré Ahmad Torkmany pendant GemGenève. Il nous a parlé de son parcours, de l’exil, de son arrivée en Suisse, cette terre devenue pour lui une promesse d’avenir, et de ses rêves…

Europa Star: Quel fut votre parcours avant de gagner le prix Bucherer?

Ahmad Torkmany: Je suis né en Syrie de parents palestiniens et la majeure partie de ma famille vit toujours là-bas. Je suis arrivé en Suisse à l’âge de 19 ans. Aujourd’hui, j’en ai 27. Avant cela, je n’avais jamais étudié la joaillerie: tout ce que j’ai appris dans ce domaine, je l’ai découvert ici, en Suisse.

Venez-vous d’une famille de joailliers?

Non, je viens d’une famille d’architectes et d’ingénieurs. Quand j’étais enfant, j’allais souvent chez mon oncle, qui était un grand architecte en Syrie. Il me donnait des feuilles de papier et je passais des heures à dessiner des formes techniques et architecturales. Il a beaucoup compté pour moi et fut un véritable modèle.

Comment vous est venu le goût pour le bijou?

Un jour, alors que j’étais encore enfant, ma mère m’a emmené chez un bijoutier. J’ai été fasciné par ce que je voyais dans les salons: des objets d’une beauté que je n’avais jamais imaginée auparavant. J’observais les bijoux, leur construction, leurs styles, et je me suis dit que, plus tard, j’aimerais devenir bijoutier et horloger. Créer des montres et des bijoux est devenu un rêve d’enfant qui ne m’a jamais quitté, malgré les difficultés rencontrées par la suite.

Vous évoquez des difficultés. Acceptez-vous d’en parler?

Quand la guerre a éclaté en Syrie, nous avons été contraints de quitter le pays et toute ma famille s’est installée au Liban. Là-bas, je n’ai pas eu la possibilité d’étudier la joaillerie ou l’horlogerie. J’ai donc étudié la pâtisserie et je suis devenu boulanger et chef pâtissier, tout en effectuant des stages en architecture auprès de mon oncle. Ma famille s’attendait à ce que je devienne architecte ou ingénieur, comme d’autres membres de ma famille.

Comment en êtes-vous arrivé à étudier le bijou au CFP Arts?

Il y a huit ans, ma mère, mes six frères et moi avons rejoint mon père, qui vivait déjà en Suisse. À mon arrivée, j’ai d’abord intégré une école pour apprendre le français. Ensuite, j’ai effectué plusieurs stages dans des bijouteries afin de comprendre les différences entre les bijoux réalisés ici et ceux que je connaissais en Syrie. Puis, j’ai présenté le concours d’entrée du CFP Arts de Genève et j’ai été accepté. À l’école, j’ai découvert la fabrication du bijou, le comportement des métaux, le dessin et le design. Pendant mes études, j’ai également participé à un concours de joaillerie. Cela a été une expérience très importante.

©Isabelle Cerboneschi

Comment êtes-vous arrivé à ces formes en volutes très graphiques?

L’idée de cette bague est née après la visite de la boutique Bucherer. J’y avais découvert des pièces magnifiques, notamment des bijoux travaillés avec des dégradés de pierres. Le thème du concours étant «le monde végétal», je suis allé observer les fleurs, la manière dont les pétales tombent, leurs mouvements, leur délicatesse. J’ai aussi réfléchi à la notion de protection: celle du cocon dans lequel la chrysalide se développe avant de devenir papillon, ou encore celle des graines et des bourgeons préservés avant leur éclosion. Ma bague s’inspire ainsi de l’intimité et de la douceur du monde végétal. Le dessin cherche à traduire cette idée de protection grâce à une forme enveloppante, tout en conservant une grande légèreté visuelle.

Quelles furent les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées?

J’ai réalisé énormément de croquis avant d’arriver au dessin final. J’ai testé différents mouvements pour les pétales, mais je n’arrivais pas à obtenir exactement ce que j’avais en tête. J’ai alors fabriqué une maquette afin de mieux comprendre les proportions et les volumes. Ce n’est qu’après ce travail que j’ai pu dessiner la pièce définitive.

Quel est votre rêve pour l’avenir?

Mon rêve est de devenir designer de montres et de bijoux. J’aimerais d’abord travailler pour de grandes maisons afin de développer mon savoir-faire et affiner mon style. Puis, lorsque j’aurai acquis suffisamment d’expérience, j’aimerais créer ma propre marque et y poser ma signature.

Vous évoquez votre signature: comment décririez-vous votre style?

Je cherche à révéler l’architecture cachée de la nature: ses mystères, ses lignes, ses structures invisibles. J’aime attirer l’attention sur ces détails que l’on remarque rarement mais qui confèrent à la nature toute sa beauté. Je souhaite imaginer des bijoux élégants et singuliers qui reflètent qui je suis.

Que représente ce prix Bucherer à vos yeux?

Je crois que la passion et la persévérance sont les clés pour réaliser ses rêves. J’avance étape par étape et remporter le Prix Bucherer représente pour moi à la fois un immense honneur et une formidable opportunité pour la suite de mon parcours.