atteler à redorer le blason d’une marque mythique n’est pas une mince affaire. Surtout lorsque celle-ci a connu des très hauts et des très bas. À son apogée, Lip produisait 300’000 montres par an, puis la marque a disparu des radars horlogers.
Il a fallu qu’une famille locale s’y intéresse pour voir enfin renaître Lip. Pierre-Alain Bérard est le CEO de la marque depuis son rachat. Originaire de Besançon, fils d’horloger, le jeune CEO a vu son père Philippe créer la Société des Montres de Besançon (SMB) en 1978. Il raconte: «Notre histoire et celle de Lip sont assez parallèles. Mon père a créé SMB avec l’arrivée du quartz qui a déstabilisé l’entreprise Lip. Nous faisons de l’assemblage et du développement et sous-traitons pour des groupes de distribution et des marques sous licences. Personnellement, je connais la marque depuis toujours. Lorsque M. Bernerd nous a contacté pour racheter Lip, il nous a dit: Vous possédez les savoir-faire, vous êtes de Besançon et vous comprenez ce qu’est une entreprise familiale. C’était effectivement une évidence de reprendre l’activité de Lip.»
Les bases étaient donc bonnes pour redonner de l’élan à la marque. Mais il a fallu repartir de zéro. Dans les années 1990-2000, les montres Lip étaient de fabrication chinoise, bon marché et commercialisée en grande distribution. «Après le rachat, nous avons laissé la marque en sommeil pour purger le marché de ces produits peu qualitatifs, explique Pierre-Alain Bérard. Notre volonté était de repartir sur les modèles iconiques de Lip, ceux qui ont fait sa réputation. C’est là que réside la force de la marque.»
En effet, certains modèles sont incontournables et chargés d’histoire. La Churchill offerte à l’illustre homme d’Etat britannique en 1948 par le gouvernement français; l’Himalaya, première montre-outil à dépasser les 8’000 mètres (avant Rolex !) en 1950; des montres conçues par des designers célèbres comme Roger Tallon et sa Mach 2000.
Le défi a plutôt été de repenser les collections et les gammes: «Après 150 ans d’histoire, d’aventures, de design, ce n’est pas évident de choisir lesquels conserver ou arrêter», confirme le CEO. Peu à peu, ce travail de «défrichage» est réalisé, les ventes repartent et Lip retrouve des couleurs.
Aujourd’hui, la marque bisontine assemble plus de 80’000 montres (chiffres 2022). Elle utilise des calibres Ronda pour ses modèles quartz et des calibres Miyota pour ses modèles automatiques. «En chiffre d’affaires, le quartz et l’automatique se répartissent à 50-50; en volumes, le quartz représente encore près de 70%. Nous nous positionnons entre 189 euros pour le quartz et sous les 500 euros pour les automatiques. Mais nous avons aussi une plongeuse - la Nautic 3 - équipée du mouvement G100 assemblé dans la région par Humbert-Droz avec des composants suisses, à moins de 1’200 euros, ainsi qu’un chronographe Lip Rallye en édition limitée, animé par un calibre japonais Seiko Time Module NE86, à moins de 1’500 euros.»
La volonté semble ainsi de revaloriser une production mécanique automatique tout en restant ultra-compétitif. Est-ce donc cette stratégie qui a été choisie pour bâtir le futur de Lip? Pierre-Alain Bérard clarifie: «Bien entendu, notre premier objectif est de rapatrier les savoir-faire horlogers, seul ou en association avec d’autres acteurs, pour créer des montres le plus Made in France possible. Nous allons relancer notre calibre mythique T18 (celui de la Churchill, ndlr) à la fin de l’année avec des composants de La Joux-Perret assemblés par Humbert-Droz. Nous espérons beaucoup de tels développements. Nous voulons continuer à augmenter la part de mouvements automatiques avec des niveaux de qualité élevés et un positionnement proche de celui de Seiko, par exemple. Mais il faut se rendre à l’évidence, qu’actuellement, nous ne pouvons pas nous passer des ventes de modèles quartz.»
L’objectif est clair: «Nous voulons rendre à Lip ses lettres de noblesse, dépasser les 150’000 montres de production annuelle d’ici trois ans et retrouver la marque légendaire de notre enfance. Celle que l’on offrait pour les grands événements de la vie, celle que l’on transmettait à ses enfants, celle qui exprimait toute l’excellence horlogère française!» Le renouveau semble bel et bien en marche chez Lip.


