otre vision est très claire: Pequignet est le porte-étendard du renouveau horloger dans le Jura français, nous explique Patric Zingg, qui a repris la direction de la marque, en nous accueillant dans les locaux de la manufacture à Morteau, à quelques minutes de la frontière entre la Suisse et la France. Nous sommes tout aussi Made in France que les horlogers suisses sont Swiss made, puisque plus de 70% des composants de notre Calibre Initial sont produits ici, et 60% de ceux du Calibre Royale. Surtout, tout est sourcé dans un rayon de 80 kilomètres carrés entre la France et la Suisse.»
Le nouveau responsable a longuement travaillé au sein de Swatch Group, avant de rejoindre Graham et maintenant Pequignet. Il est d’ailleurs toujours basé à Bienne: traverser la frontière dans ce sens, quand la plupart des horlogers de la région font le chemin inverse, l’aide sans doute à percevoir les nuances particulières de cette horlogerie.
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- Pequignet dans Europa Star en 1974, un an après sa fondation à Morteau.
- ©Archives Europa Star
Il s’agit d’abord d’équilibrer les visions de la marque, qui divergent fortement entre ses deux marchés-clés: d’un côté, dans l’espace francophone (France et Benelux), Pequignet est encore assez instinctivement associée à des modèles historiques plus accessibles qui ont imprégné les esprits, comme la Moorea; de l’autre, au Japon, on perçoit davantage la marque à travers son Calibre Royal, présenté en 2010 à la foire de Bâle et qui symbolise depuis lors les ambitions de Pequignet dans l’horlogerie mécanique Made in France.
On le sait: faire évoluer une perception est un exercice de longue haleine, d’autant plus hors du label Swiss made. Mais depuis quelques années, et l’arrivée du nouvel actionnaire Hugues Souparis en 2021, la marque a entamé un travail de fond sur ses collections et son identité qui se matérialise à travers des collections très intéressantes. A commencer par la Concorde lancée en 2023 à l’occasion des 50 ans de la manufacture, la montre sport-chic interprétée par Pequignet à la forme coussin.
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- Le nouveau modèle Concorde en titane, du bracelet au boîtier
Cette année, la Concorde est présentée dans plusieurs nouvelles livrées. D’une part, elle est dévoilée dans une version ultra-contemporaine de 36 mm full titane, au cadran satiné fort gris reprenant la couleur de ce métal, sans le guichet date pour lui conférer le design le plus épuré possible. Positionné à 4’800 euros, ce modèle est équipé du calibre Initial lancé par Pequignet en 2021. Lui aussi a été traité spécifiquement en ruthénium pour se rapprocher au plus près de la couleur du titane. Ce mouvement automatique à système de remontage bidirectionnel bénéficie d’une réserve de marche de 65 heures.
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- La Concorde Titane est est animée par le Calibre Initial. L’intégralité de ses composants est sourcée à moins de 80 km de la manufacture, 72% sont français.
D’autre part, la Concorde se pare d’or dans une nouvelle déclinaison de 30 mm intégralement habillée d’or rose or 5N. On retrouve sur ce modèle le boîtier coussin, fusion du carré et du cercle, ainsi que le bracelet en maille «signature» inspiré de la Moorea. Ses maillons en «pointe de lance» sont un clin d’œil à l’Obélisque de la place de la Concorde parisienne, dont cette collection tire son nom. Un modèle animé par un mouvement quartz.
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- En version miniature (30 mm), la Concorde se pare également d’or rose pour le salon Watches and Wonders.
Le clou du spectacle de ce début d’année se trouve peut-être dans le modèle Paris Royale retravaillé dans un diamètre plus compact de 39,5 mm contre 41 mm précédemment, ou plus précisément dans le mouvement qu’il abrite, le Calibre Royal. Proposée à partir de 8’000 euros, cette nouveauté se décline en deux variantes: la version Jour-Date-Lune, disponible en trois couleurs de cadran, opalin, bleu royal, vert; et la version Réserve de marche-Petite seconde, disponible en deux coloris, opalin et bleu royal.
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- Depuis son lancement en 2011, la Royale Paris a été conçue pour accueillir le Calibre Royal de Pequignet. Elle a maintenant été intégralement retravaillée dans un diamètre de 39,5 mm.
La collection Royale Paris est la seule de la marque fondée par Emile Pequignet à arborer des cornes rapportées, sur lesquelles un important travail d’affinage a été mené: leur volume a été sculpté, apportant ainsi un brossé sur le dessus et un poli sur les faces latérales. Enfin, une finition plus précise a été apportée aux angles rentrants adoucis. Des détails qui confèrent au modèle une ligne plus forte.
Le boîtier de la nouvelle Royale Paris a également été finement retravaillé. Son profil plus ciselé présente désormais une échancrure concave en forme de «gouge», reprise sur tout le contour du cadran. La lunette, affinée de 0,75 mm, ouvre plus généreusement le cadran protégé par sa glace saphir «glass box», légèrement bombée et traitée anti-reflet.
La surface du cadran est grainée tandis que la «gouge» est sablée et le compteur de la petite seconde est creusé et rainuré de cercles concentriques. Le chemin de fer à fleur suit la gouge. Les index bâtons sont biseautés, satinés et polis et les guichets bordés d’un filet acier poli. Pour la première fois, la lune est stylisée dans ses deux hémisphères: le nord et le sud. Pour un rendu plus brillant, les guichets de lune ont fait l’objet d’un diamantage.
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- Le Calibre Royal, dans cette nouvelle version Jour-Date-Lune déployée sur la Royale Paris, incarne l’ambition de Pequignet - et plus largement de l’horlogerie française - dans le mouvement mécanique.
Cette esthétique générale a été repensée pour mieux accueillir le Calibre Royal et ses 318 composants, premier mécanisme de fabrication française à placer ses complications horlogères sur la même platine, faisant l’objet de huit brevets internationaux. Le mouvement dispose d’un seul grand barillet qui offre une réserve de marche améliorée, désormais portée à 96 heures, contre 88 heures précédemment. Cette indication s’affiche à 8 heures au cœur d’une jauge graduée.
Ce mouvement automatique est doté d’un système inédit de remontage bidirectionnel par la masse oscillante et d’un grand balancier diamanté à forte inertie. Son double grand guichet grande date et jour à saut instantané sur le même axe permet d’effectuer des réglages à tout moment. La précision moyenne comprise entre +2 ou -2 secondes par jour répond aux critères les plus exigeants en matière de chronométrie.
C’est de fait tout un écosystème du mouvement français et de la mesure de la précision qu’il faut créer ou recréer – là où l’affaire Aîon a fait du mal (lire ici). Et cela comprend aussi les certifications, comme le Poinçon Vipère de l’Observatoire de Besançon, qui est cette année octroyé pour la première fois dans la ligne Attitude de Pequignet.
Editée en série limitée à 50 pièces et équipée du Calibre Initial, l’Attitude Poinçon Vipère s’habille d’un cadran opalin élégant et raffiné et d’un boîtier poli. Fondé en 1897, l’Observatoire de Besançon est le seul établissement français susceptible de certifier les montres chronomètres. Comme pour le COSC, l’écart de marche doit rester compris entre -4/+6 secondes par jour. Mais à la différence de l’organisme helvétique, les calibres y sont examinés emboités. Peu de montres arborent le Poinçon Vipère dans le paysage horloger contemporain (TAG Heuer y a eu recours pour certains modèles, dont la Carrera Chronographe Tourbillon).
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- Le modèle Attitude Poinçon Vipère est certifié chronomètre par l’Observatoire de Besançon.
Au sein de ce nouvel écosystème français, Pequignet livre son Calibre Initial à certaines autres marques hexagonales, dont le positionnement prix est moins élevé. «Nous devons mettre un peu d’esprit suisse fédéral dans l’horlogerie française, se réunir pour être plus forts ensemble, souligne Patric Zingg. Ces prochaines années, nous allons continuer à investir dans les mouvements, notamment à travers des modules.»
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- Le Calbre Initial de manufacture, à remontage automatique, est également disponible à la vente pour d’autres marques qui souhaitent afficher leur ancrage en France.
Rare marque française exposant à Watches and Wonders, Pequignet est un poisson pilote quant au potentiel de la haute horlogerie Made in France. Sa montée en gamme, à l’image de ce que l’horlogere suisse a connu depuis 30 ans, se reflète dans les modèles présentés cette année au salon. Mais le chemin reste long, puisque son prix moyen dépasse encore de peu les 1’000 euros. «La ligne Royale Paris montre la direction, avec le travail subtil mené sur la boîte et les cornes, ainsi que les finitions, poursuit le responsable. Ainsi, l’habillage reflète la qualité du contenu mécanique et notre narratif est plus cohérent.»
Au Japon, son marché le plus mature, la marque ne livre déjà que des montres équipées de calibres manufactures, quand des modèles équipés de calibres suisses ou quartz dominent encore en Europe, où Pequignet compte une distribution moins sélective, héritage des stratégies passées. De nouveaux points de vente ont récemment été ouverts à Dubaï, prémice d’une expansion plus large souhaitée vers le Moyen-Orient et l’Asie. A la manière de ce qui se fait déjà au Japon ou dans sa boutique flagship parisienne, Pequignet n’y distribuera que des modèles Made in France. Comme il se doit pour une marque qui arbore la fleur de lys en guise d’emblème.