Le marché horloger japonais


Le «Japan Art Project» de Minase

juillet 2026


Le «Japan Art Project» de Minase

Le «Japan Art Project» de Minase est une initiative de la manufacture horlogère japonaise visant à marier l’ingénierie moderne de ses garde-temps (tels que la Five Windows ou Seven Windows) à des métiers d’art traditionnels japonais: laque maki-e, shibo-urushi, coloration yusai ou encore acier tamahagane, matériau historiquement utilisé pour la fabrication des sabres de samouraïs. Rencontre avec son CEO Tsuyoshi Suzuki.

À

l’heure où de nombreuses marques multiplient les lancements et réinventent leurs collections à un rythme soutenu, Minase fait figure d’exception. La maison japonaise, installée dans la préfecture d’Akita, revendique une continuité assumée. «Nous n’avons pas fondamentalement changé nos collections au cours des cinq dernières années», explique Tsuyoshi Suzuki, CEO de la marque, lorsque nous le rencontrons à Tokyo. Les lignes Seven Windows et Divido demeurent ainsi les piliers de l’offre, tandis que la collection Horizon conserve une vocation plus confidentielle, destinée à une clientèle de connaisseurs.

Cette fidélité à ses codes n’empêche pas Minase d’explorer de nouveaux territoires créatifs. La marque vient ainsi de dévoiler deux montres de poche réalisées sur commande, Asagimadara et Phoenix, qui incarnent sa vision du savoir-faire japonais. Chaque montre associe un cadran en laque maki-e exécuté à la main – un travail nécessitant plusieurs mois – à des éléments en acier Tamahagane, matériau historiquement utilisé pour la fabrication des sabres de samouraïs. Fruit de la collaboration entre le maître forgeron Ishida Kunihisa et le maître laqueur Junichi Hakose, ces créations illustrent la volonté de Minase de faire dialoguer artisanat traditionnel, art et horlogerie contemporaine.

Les métiers d’art occupent d’ailleurs une place croissante dans la stratégie de la marque. Sous l’appellation «Japan Art Project», Minase collabore avec des artistes de différentes générations afin de développer des créations originales autour des cadrans. La demande pour les pièces intégrant des techniques traditionnelles comme l’urushi ou le maki-e est en hausse, tout comme l’intérêt pour des approches plus contemporaines. Tsuyoshi Suzuki cite notamment le travail de l’artiste tokyoïte Towa Takaya, qui utilise des matériaux issus de l’univers cosmétique pour créer des effets visuels inédits sur certaines réalisations.

Pour autant, le principal signe distinctif de Minase reste son célèbre polissage Sallaz, dont les surfaces particulièrement douces et les jeux de lumière constituent toujours un élément central de l’identité esthétique de la marque.

La production annuelle de Minase atteint aujourd’hui environ 800 montres. Le réseau de distribution comprend une trentaine de détaillants au Japon, auxquels s’ajoutent quatre points de vente à l’étranger: un en France, deux en Suisse et un à Singapour. Le e-commerce permet à la marque de toucher une clientèle mondiale, avec une présence particulièrement forte aux États-Unis.

L’organisation industrielle de l’entreprise est un de ses atouts: le groupe auquel appartient Minase exerce historiquement deux activités principales, la fabrication d’outillages de haute précision destinés aux industries automobile et des semi-conducteurs, et l’horlogerie. Au sein de cette dernière, les activités OEM représentent encore environ 65% du chiffre d’affaires, contre 35% pour la marque Minase elle-même. La société continue ainsi de produire pour différentes marques japonaises et européennes, un savoir-faire industriel hérité de plusieurs décennies de sous-traitance horlogère.

Une nouveauté importante est attendue cette année avec le lancement en juillet de la J Collection, intégrée à une nouvelle ligne baptisée Mastercraft Series. Équipée de mouvements Miyota, cette collection visera un positionnement plus accessible, entre 200’000 et 300’000 yens, tout en revendiquant un caractère entièrement japonais.

Dans un premier temps réservée au marché domestique, cette nouvelle gamme sera distribuée dans un réseau distinct afin d’éviter toute confusion avec les collections emblématiques Seven Windows et Divido. Une expansion internationale est envisagée dans un second temps.

À l’autre extrémité du spectre, Minase réfléchit également à un projet de montres entièrement réalisées sur mesure. Prévu à l’horizon de trois ans, ce programme bespoke pourrait inclure des complications spécifiques selon les souhaits des clients, ainsi que des séries ultra limitées de quelques exemplaires seulement.

Cette approche illustre bien la singularité de Minase: une marque capable d’envisager simultanément une ouverture vers un segment plus accessible et une montée en exclusivité vers le sur-mesure artisanal. Mais avec l’expression artisanale et artistique japonaise au coeur.