Europa Star: Comment s’organise l’innovation chez Hublot?
Julien Tornare: L’innovation fait véritablement partie de l’ADN de Hublot. J’ai eu la chance de rencontrer M. Crocco, le fondateur, et ce qui m’a marqué, c’est que l’idée même de rupture était présente dès l’origine: l’alliance du caoutchouc et de l’or, les premiers travaux sur le saphir, les nouveaux matériaux… Cette culture s’est transmise et renforcée avec les années. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à produire certains éléments en saphir entièrement en interne, et nous maîtrisons des savoir-faire uniques en céramique ou sur les pièces MP.
Pour structurer cette dynamique, j’ai mis en place un comité innovation qui se réunit toutes les deux semaines. Il réunit les équipes techniques – avec Matthias Buttet notamment – mais aussi le marketing, afin que l’innovation soit pensée dès l’embryon, de manière organique, cohérente et transversale. On rationalise aussi: moins de directions dispersées, et plus de focus sur ce qui apporte un vrai contenu horloger.
Vous dites souvent que l’innovation fait partie du rôle particulier de Hublot dans l’horlogerie. Comment cela se traduit-il?
Beaucoup de marques aujourd’hui ressemblent beaucoup à ce qu’elles étaient il y a vingt ans. Ce n’est pas notre feuille de route. Nous, notre mission est de faire bouger les lignes. Combien de marques oseraient lancer une création comme la MP-17 Arsham Splash, avec cette forme, ce saphir sculpté? L’innovation, chez nous, ce ne sont pas que les matériaux: c’est un état d’esprit. Et on ne nous donne pas toujours assez de crédit sur l’horlogerie elle-même. Pourtant, nos mouvements Unico ou Meca-10 sont des mécaniques extraordinaires, avec de nombreux brevets, une vraie profondeur technique. Notre ambition est de continuer à les améliorer pour asseoir encore davantage notre légitimité mécanique. Nous n’avons que 45 ans, quand d’autres en ont 250, mais ce que nous avons construit en si peu de temps est remarquable.
Quelles sont aujourd’hui les pistes R&D les plus prometteuses pour Hublot?
Les matériaux restent un terrain d’expression majeur: le saphir sous toutes ses formes, les céramiques de nouvelle génération, les composites, mais aussi des approches plus organiques, presque sculpturales. Nous travaillons aussi beaucoup sur le raffinement horloger, en miniaturisant certains mouvements, en développant de nouvelles architectures.
L’Arsham Splash en est un parfait exemple. On a réussi à miniaturiser notre Meca-10 pour créer une montre de 42 mm, sculpture portable, totalement inspirée par la fluidité de l’eau. Le saphir, le titane, le caoutchouc: tout a été repensé pour suivre ces lignes organiques. C’est un objet très différent des formes Hublot habituelles, mais qui en garde les codes: les six vis H, la construction de boîte, les signatures esthétiques. C’est une montre à l’image de Hublot, qui fusionne art, technologie, horlogerie et audace. Et ce n’est qu’un début. L’innovation continue, et elle ne va certainement pas ralentir.


