Nyon, les grues s’activent au-dessus du lac Léman. Hublot agrandit son site de production historique, inauguré en 2015 et déjà agrandi une première fois en 2019, pour accompagner un nouveau cycle de développement industriel.
C’est dans ce contexte que Julien Tornare, à la tête de Hublot depuis septembre 2024, exprime sa vision, avec une priorité clairement affichée: réclamer la légitimité technique de la marque. Notre entretien.
Europa Star: D’où partez-vous avez Hublot et où voulez-vous emmener la marque?
Julien Tornare: Quand je suis arrivé, j’ai découvert une marque incroyable, avec une force créative intacte, mais aussi challengée. Hublot a toujours suscité des réactions très tranchées – c’est presque dans son ADN. Mais certaines critiques étaient devenues moins justes, notamment sur notre légitimité horlogère. Nous avons donc travaillé sur trois axes: le produit, l’image et l’élévation globale de la marque. Aujourd’hui, Hublot est une marque équilibrée, présente dans environ 140 boutiques, avec une distribution que nous rationalisons – une sélection plus naturelle et qualitative. Cette discipline porte ses fruits.
Comment cela se traduit-il dans la création produits?
Le nouveau design de la Big Bang, révélé pour les 20 ans de notre icône l’an dernier, a été un moment clé, presque un troisième chapitre de son histoire. Les nouvelles pièces élégantes Big Bang Unico que nous présentons cette année démontrent quant à elles que Hublot sait produire du raffinement, pas uniquement de l’expressif. Cette élévation passe aussi par la mécanique.
Justement, quelle est votre stratégie sur les mouvements?
Je veux que Hublot maîtrise mieux son destin industriel. Cela ne signifie pas tout produire en interne à tout prix, mais travailler intelligemment. Nous avons un tourbillon in-house exceptionnel, et nous allons continuer à développer ce type de pièces à forte valeur horlogère. En parallèle, nous collaborons avec Zenith – toujours dans l’esprit LVMH – notamment autour du mouvement Elite, que nous adaptons chez nous. L’idée est d’avoir des mouvements personnalisés, exclusifs, cohérents avec notre identité.
Nous voulons davantage montrer ce que nous faisons. Nos ateliers sont magnifiques, nous agrandissons notre écrin industriel, nous faisons croître nos propres pains de saphir, nous maîtrisons la céramique de couleur. C’est unique dans l’industrie. Il faut l’expliquer, le démontrer.
Parlons de Novak Djokovic. Votre collaboration est assez différente des partenariats traditionnels…
En tennis, Novak est le GOAT incontestable, ses résultats le prouvent. Quand nous avons commencé à discuter, Novak voulait une vraie reconnaissance. Une marque qui célèbre sa carrière, ce qu’il a accompli. Je lui ai dit: «On va faire une montre pour chacune de tes victoires en tournoi.» Le concept était là, évolutif, vivant. Il a remporté son 100ème titre à Genève, son 101ème à Athènes… Nous avons donc lancé une première série de 101 pièces. Et chaque victoire future peut donner naissance à une pièce. Cela crée une dynamique unique entre le sport et l’horlogerie.
Pour ce modèle, nous avons conçu un tourbillon in-house avec un habillage extraordinaire. La platine reprend le rendu d’un tamis de raquette de tennis – c’est à la fois technique et symbolique. À 38 ans, continuer à viser les records, peut-être les Jeux Olympiques… C’est inspirant. Et nous l’accompagnons dans cette trajectoire.
Son besoin de reconnaissance dans le monde du tennis, c’est un peu ce que vous cherchez dans le monde de l’horlogerie, avec la mise en avant de l’Unico!
Hublot est née pour bousculer mais aujourd’hui, nous voulons le faire avec encore plus de maîtrise, de profondeur horlogère et d’exigence. Nous sommes à l’aube d’un nouveau cycle pour Hublot. Et cela se base sur ce que je vois sur le terrain. Je ne fais jamais un déplacement sans rencontrer des clients finaux. Beaucoup de CEO restent trop à l’interne. J’apprends énormément au contact des collectionneurs, des détaillants, des passionnés. C’est essentiel pour rester connecté.


