orsqu’il naît à Genève en 1938, Philippe Stern a, pour ainsi dire, l’horlogerie dans les gènes. Son grand-père, Charles Stern, ainsi que le frère de ce dernier, fabricants de cadrans, ont en effet racheté la manufacture Patek Philippe en 1932, et son père Henri Stern vient de faire, lui aussi, son entrée dans la maison. Conformément à une tradition familiale, après un diplôme en économie et commerce, Philippe Stern commence par gravir tous les échelons dans l’entreprise, de la base au sommet. De 1963 à 1966, il rejoint à New York la Henri Stern Watch Agency, qui distribue les garde-temps Patek Philippe aux États-Unis, et s’initie au commerce de montres sur le terrain. De retour à Genève, il approfondit ses connaissances des rouages du métier en œuvrant successivement dans divers départements.
Durant les années 1970, aux côtés de son père président, Philippe Stern joue un rôle croissant dans la gestion de l’entreprise. De par ses nombreux voyages à l’étranger, il contribue à augmenter la notoriété de Patek Philippe dans les marchés existants et émergents. En 1976, il n’hésite pas à bousculer les habitudes de la haute horlogerie en lançant la fameuse Nautilus, une montre de sport de luxe en acier destinée à accompagner l’apparition d’une nouvelle classe de clients.
Un esprit visionnaire
En 1977, Philippe Stern est nommé directeur général de Patek Philippe. L’horlogerie suisse vit alors la plus grave de ses crises et face aux assauts du quartz, beaucoup pensent que la montre mécanique a fait son temps. Mais Philippe Stern n’est pas de cet avis. Malgré le désintérêt apparent du public, il est persuadé qu’il reste une place pour les garde-temps traditionnels et qu’une clientèle exigeante préférera toujours la bienfacture, l’exclusivité et le bel artisanat à la production de masse. Il choisit donc de rester fidèle à ce qui fait l’essence de Patek Philippe depuis près de 140 ans et de continuer à investir en ce domaine. À l’heure où de nombreuses entreprises rejoignent de grands groupes, il croit aussi que Patek Philippe doit conserver son indépendance et augmenter sa production, tout en préservant les critères de qualité qui ont fait sa renommée.
Sa foi en l’avenir de l’horlogerie mécanique se manifeste également par un exploit sans précédent. Au début des années 1980, il lance le projet ambitieux de réaliser la montre mécanique portable la plus compliquée du monde. C’est ainsi qu’après neuf ans de développement et de fabrication naît le fameux Calibre 89, qui réunit 33 complications. La présentation de ce garde-temps d’exception pour les 150 ans de la manufacture est suivie par le lancement de diverses éditions limitées annonçant un nouvel âge d’or de la montre mécanique et des montres-bracelets à complications, dont les montres à sonneries, auxquelles il voue une véritable passion.
Féru d’art, Philippe Stern se montre également visionnaire en continuant à commander des pièces de haut artisanat à des artisans, alors que celles-ci connaissent moins de succès – contribuant ainsi à préserver tous ces précieux savoir-faire aujourd’hui revenus sur le devant de la scène.
Dans le même temps, sa passion de l’excellence s’illustre aussi dans le domaine sportif. Skieur émérite, Philippe Stern est également un grand navigateur et amoureux du lac Léman, dont il collectionne les peintures. Entre 1977 et 1992, à bord de ses multicoques successifs tous nommés Altaïr, il remporte à sept reprises le fameux Bol d’Or, la plus importante régate en bassin fermé au monde.
Un bâtisseur d’avenir
En 1993, Philippe Stern accède à la présidence de Patek Philippe, représentant la troisième génération Stern à ce poste. Son souci principal reste de préserver l’indépendance financière et technique de la manufacture familiale. Cette liberté lui permet de créer des montres selon ses propres critères et de suivre une stratégie à long terme, sans faire de compromis ni sur la qualité ni sur l’esthétique. Pour conforter cette indépendance, maintenir la position de leader de Patek Philippe et renforcer la maîtrise de la qualité, Philippe Stern prend soin de verticaliser au maximum la production. En 1996, il franchit une étape décisive en regroupant tous les ateliers genevois de Patek Philippe dans une nouvelle manufacture ultramoderne à Plan-les-Ouates et manifeste une fois encore son esprit visionnaire en s’installant le premier dans ce qui est devenu depuis lors le principal faubourg horloger de Genève.
Persuadé que l’horlogerie est l’une des plus belles manifestations du génie humain, Philippe Stern n’a cessé durant toutes ces décennies de collectionner des garde-temps. En 2001, il réalise le rêve de toute une vie en inaugurant à Genève le Patek Philippe Museum, l’une des plus fabuleuses collections horlogères au monde, rassemblant non seulement la quintessence de l’héritage de Patek Philippe, mais aussi des pièces d’exception illustrant toute l’histoire de la montre depuis le début du XVIème siècle. Ce haut lieu genevois de renommée internationale permet depuis lors aux spécialistes, aux amateurs éclairés et au grand public de mieux connaître le patrimoine culturel exceptionnel que constituent l’horlogerie et les arts qui lui sont liés.
Conscient que le respect de la tradition doit s’allier aux derniers développements de la technique, partout où ceux-ci peuvent améliorer la fiabilité et la précision des garde-temps mécaniques, Philippe Stern accorde également une importance majeure au domaine recherche & développement – une démarche qui aboutira notamment à la création du bureau Patek Philippe Advanced Research en 2005 et à des avancées décisives dans le domaine des nouveaux matériaux, dont le silicium.
En 2009, de concert avec son fils Thierry, il formalise toutes les exigences liées aux montres Patek Philippe en dotant la manufacture de son propre sceau de qualité, le Poinçon Patek Philippe, reflet de critères considérés comme les plus exigeants de la branche horlogère.
La même année, Philippe Stern transmet la présidence à son fils. Devenu président d’honneur, il continue à suivre de près les destinées de la dernière manufacture indépendante genevoise en mains familiales et à s’occuper du Patek Philippe Museum, qui connaît un succès croissant. En 2023, pour fêter le 85ème anniversaire de son père, Thierry Stern lui dédie une série spéciale mariant une répétition minutes à une alarme sonnant l’heure programmée (Réf. 1938P) – une montre avec un nouveau mouvement exclusif et un cadran orné d’un portrait de Philippe Stern.
Un bel hommage à un homme de culture pour qui la montre était une œuvre d’art et qui a su, grâce à son esprit d’entreprise, faire fructifier l’héritage familial – tout en contribuant au rayonnement et à la connaissance de la haute horlogerie.
RELIRE ICI NOTRE ENTRETIEN AVEC PHILIPPE STERN (2019)
BIOGRAPHIE
1938 Naissance à Genève. Philippe Stern est le fils d’Henri Stern (président de Patek Philippe de 1958 à 1993) et le petit-fils de Charles Stern, l’un des deux frères Stern qui rachetèrent la manufacture Patek Philippe en 1932
1970 Naissance de Thierry Stern, actuel président de Patek Philippe
1977 Philippe Stern est nommé directeur général
1989 Lancement du Calibre 89, qui allait rester pendant plus de 25 ans la montre portable la plus compliquée du monde (33 complications)
1993 Philippe Stern accède à la présidence de la manufacture familiale
1996 Inauguration de la nouvelle manufacture de Plan-les-Ouates regroupant sous un même toit tous les ateliers genevois de l’entreprise
2001 Ouverture du Patek Philippe Museum de Genève, l’une des plus prestigieuses collections horlogères au monde
2009 Lancement du Poinçon Patek Philippe
2009 Thierry Stern accède à la présidence, tandis que Philippe Stern devient président d’honneur
2011 Le Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds décerne à Philippe Stern le Prix Gaïa dans la catégorie Esprit d’entreprise «pour l’ensemble de sa carrière, ses apports incontestables à l’industrie horlogère suisse, son charisme et son œuvre de collectionneur partagée par l’intermédiaire de la création du Patek Philippe Museum»
2026 Décès de Philippe Stern dans sa 88ème année


