n 2019, Vacheron Constantin annonçait un ambitieux partenariat artistique et culturel avec le musée du Louvre. Trois ans plus tard, parmi les premiers fruits tangibles de cette collaboration, une série de modèles «Hommage aux grandes civilisations» ayant recours aux métiers d’art les plus précieux sont dévoilés.
«Ce n’est pas du simple mécénat, mais bien un partenariat portant sur de multiples niveaux de collaboration», souligne Christian Selmoni, Directeur du Style et du Patrimoine de Vacheron Constantin. En coulisses, les échanges entre les deux institutions fondées au 18ème siècle (1755 pour Vacheron Constantin et 1793 pour le Louvre) sont déjà nombreux, qu’il s’agisse de techniques artisanales, de points de vue culturels ou encore de savoir-faire en archivage, conservation et restauration d’un dense patrimoine.
Le premier pas de ce partenariat, avant même sa formalisation, avait d’ailleurs été la restauration par Vacheron Constantin de la pendule «La Création du Monde» au Louvre, chef d’œuvre de l’horlogerie de précision du 18ème siècle. D’autres initiatives ont vu le jour entre-temps, comme la vente aux enchères en ligne par le Louvre d’une pièce unique Les Cabinotiers, dont le cadran reproduit en émail une œuvre d’art conservée au musée et choisie par son acheteur. Deux doreuses du musée ont également accompagné les horlogers de Vacheron Constantin lors de l’événement «Homo Faber» tenu à Venise et présentant le meilleur de l’artisanat international.
Techniques anciennes miniaturisées
Les quatre modèles qui rendent hommage aux grandes civilisations de l’Antiquité, tous basés sur des œuvres exposées au Louvre, font passer à la vitesse supérieure cette collaboration initiée juste avant l’irruption de la pandémie. Ils représentent des périodes fondamentales des civilisations choisies: l’Empire perse de Darius 1er; l’âge d’or de l’Égypte antique; la période hellénistique de la Grèce antique; ainsi que le règne d’Auguste, premier empereur romain.
Pour rester dans la plus grande cohérence possible entre l’œuvre exposée au Louvre et son interprétation horlogère, l’ornementation du cadran (de moins de 40 mm) est inspirée des arts décoratifs de l’époque représentée: émail champlevé et émail grisaille, marqueterie de pierres, micro-mosaïque de pierres et gravure. «Cela a été un travail à quatre mains, avec un grand souci de consistance et de justesse dans le choix des œuvres et des métiers d’art, relève Christian Selmoni. Vu l’extraordinaire fond du musée dédié à l’Antiquité, ces choix ont été naturels. Par exemple, celui de la micro-mosaïque, utilisée dans l’Empire romain et donc tout à fait pertinente pour le modèle figurant le buste d’Auguste.»
Ce modèle est celui qui a exigé la plus longue durée d’exécution parmi les quatre garde-temps dévoilés: technique extrêmement rare en horlogerie, la micro-mosaïque de pierres requiert d’assembler très finement un grand nombre de minuscules éléments de pierres dures (plus de 600 pour le modèle Buste d’Auguste), puis de les coller de manière à rendre les joints qui les scellent pratiquement invisibles. La dimension des pierres, des carrés de 0,55 millimètres chacun, rend ce type d’ornementation particulièrement délicat.
Christian Selmoni relève aussi la minutie exigée pour la reproduction du Lion de Darius sur le garde-temps dédié à l’Empire perse des achéménides (559-330 av. J.-C.). La Frise des lions, un décor de briques siliceuses glaçurées, se trouvait dans la première cour du palais de Darius 1er à Suse, capitale de l’Empire perse achéménide au sud-ouest de l’Iran actuel. «Le travail de découpe des pierres et le choix d’avoir des pierres uniformes et d’autres innervées évoque bien le temps qui passe», souligne le responsable.
Aux sources de notre civilisation
Si les quatre modèles diffèrent par leur ornementation, ils suivent tous la même «architecture», soit un système d’emboîtage de plusieurs supports. Au-dessus du mouvement prend place le cadran entouré d’une frise – ces deux éléments sont le terrain d’expression des maîtres artisans. Sur le cadran vient se loger un verre saphir porteur de l’applique en or sculpté représentant l’une des quatre œuvres majeures tirées de la période antique. Ce même verre légèrement fumé est également gravé par métallisation de textes en écriture cunéiforme, hiéroglyphe, grec ancien et latin selon le modèle. Une fois ces différents éléments mis en place au-dessus du mouvement, le boîtier peut ensuite être scellé avec la glace extérieure.
Pour animer ces montres, Vacheron Constantin a choisi son calibre manufacture 2460 G4/2 à remontage automatique qui se caractérise par une indication des heures, minutes, jours et dates par quatre disques. Les guichets permettant la lecture des indications horaires et calendaire, positionnés symétriquement en périphérie du cadran, laissent ainsi un vaste champ d’expression aux métiers d’art, aucune aiguille ne venant perturber la vision.
Clin d’œil au partenariat avec le musée, la masse oscillante représente la façade Est du Louvre et sa colonnade inspirée des travaux de Louis Le Vau et Claude Perrault, selon une estampe du 18ème siècle. La matrice du dessin a été sculptée à la main pour ensuite servir à l’étampage des vingt masses oscillantes que compte la série – chaque modèle est en effet limité à cinq exemplaires.
«Notre collection Métiers d’art illustre parfaitement toute la créativité et la savoir-faire de Vacheron Constantin, estime Christian Selmoni. Ces modèles vont certainement plaire aux collectionneurs friands de métiers d’art mais aussi avoir une résonance, au-delà, auprès des amateurs d’art. Nous l’avions déjà constaté lors du lancement de notre série Les Masques en 2007 en collaboration avec le Musée Barbier-Mueller.»
Ces nouveaux modèles augurent de prometteuses étapes futures dans la collaboration entre les deux vénérables institutions autour de l’artisanat de haute voltige. Toutes deux travaillent sur le temps long – ce n’est donc pas un hasard si elles matérialisent les premiers fruits de leur collaboration en revenant aux fondements même de notre civilisation.


