oésie, poésie, poésie: plus que jamais, avec ses nouveautés 2025, Van Cleef & Arpels confirme et renforce encore son territoire – sous le ciel de Paris avec la collection Pont des Amoureux déclinée dans de nouvelles versions aux nuances de l’aube, du matin, du soir ou du clair de lune grâce à la technique de l’émail grisaille couleur, ainsi qu’avec la montre Bal des Amoureux Automate, dotée d’un automate tout aussi romantique qui retranscrit l’ambiance et le charme d’une guinguette: à midi et minuit, les personnages se rapprochent et échangent un baiser.
Ce sillon de la poésie et de la romance, voire d’une charmante naïveté cultivée depuis l’enfance, Van Cleef & Arpels le trace avec constance depuis des décennies. Car même à l’heure de l’intelligence artificielle, les sujets – humains, trop humains – que sont l’amour, la nature ou les astres sauront rester irrésistibles. Et c’est une personnalité ayant contribué auparavant à ce cheminement qui est revenue au sein d’une maison qu’elle connaît donc parfaitement: désormais Président et CEO, Catherine Rénier avait supervisé la zone Asie-Pacifique jusqu’en 2018.
Son prédécesseur Nicolas Bos a quant à lui repris la direction du groupe Richemont. La formule qui a si bien opéré pour la maison, celle de la liberté créative sur un territoire très bien défini et travaillé en profondeur, peut s’appliquer universellement. Dans le luxe, une identité s’impose, elle n’est pas malléable aux demandes passagères. La rigueur du romantisme et de la poésie? Les termes peuvent sembler contradictoires; mais Van Cleef & Arpels prouve avec assurance que les contraires s’attirent, comme deux amants sur un pont parisien…
Europa Star: Année après année, l’identité de Van Cleef & Arpels reste singulière, or vos thèmes sont universels – l’amour, la nature, la poésie – et repris par bien d’autres marques, plus encore en joaillerie qu’en horlogerie. Comment l’expliquez-vous?
Catherine Rénier: Van Cleef & Arpels est restée très authentique à ses valeurs en exprimant une vision poétique et positive de la vie. Nous parlons d’amour, de chance, de culture et du monde qui nous entoure avec ouverture. Depuis le début la Maison entretient une grande proximité avec ses clients et une cohérence dans les propos qu’elle tient, ce qui lui permet d’être comprise et reconnue. Depuis le début, l’amour fait partie des thématiques chères à la Maison, comme par exemple ces clips merveilleux d’oiseaux inséparables. Nous sommes nés d’une histoire d’amour et de mariage et ces histoires continuent et nous aident à créer et rêver sur des propos qui nous ont toujours inspirés.
Vous avez été responsable de l’Asie chez Van Cleef & Arpels durant plusieurs années, avant de revenir comme Président et CEO cette année. En quoi la maison a-t-elle changé entre votre précédente expérience et celle-ci?
L’identité est continue mais la marque a pris des dimensions beaucoup plus importantes. Van Cleef & Arpels a aussi multiplié ses initiatives culturelles et éducatives, que nous allons continuer à alimenter, comme l’illustre la création de nos campus à Dubaï, à Hong Kong et à Shanghai. L’Ecole des Arts Joailliers créée à Paris en 2012 a ainsi acquis une envergure internationale et nous touchons de nouvelles audiences dans le monde. Avec l’initiative Dance Reflections lancée en 2020, nous avons également investi le domaine de la danse, qui est liée historiquement à notre Maison, notamment depuis la collaboration de Claude Arpels avec George Balanchine dans les années 1960 à New York. Nous soutenons la danse contemporaine, le ballet et les jeunes chorégraphes à travers le monde, avec une plateforme qui leur permet de s’exprimer.
Quels sont vos axes de travail prioritaires et stratégiques pour la Maison?
Tout d’abord protéger et développer nos savoir-faire, par exemple à travers des métiers d’art qui renaissent dans nos objets. Mais aussi faire connaître le monde de la joaillerie au plus grand nombre. Ce volet éducatif est très important. Ensuite, continuer à innover et surprendre, comme l’illustre bien Le Bal des Amoureux cette année ou la collection de haute joaillerie L’Ile au Trésor racontée par Van Cleef & Arpels. Enfin, cultiver la proximité que nous avons avec nos clients, à travers l’extension du réseau de boutiques qui reflète la taille qu’a prise notre Maison.
Les bracelets sertis des nouveautés Lady Arpels Pont des Amoureux sont particulièrement impressionnants. Pourriez-vous nous partager leur conception?
C’est un bel exemple de maîtrise joaillière, appliquée à l’horlogerie. La disposition des pierres, derrière une impression que l’on pourrait croire aléatoire, est tout à fait réfléchie. Le travail d’emmaillement est important, afin de limiter les ouvertures pour assurer l’ergonomie du bracelet au porter. Celui-ci se pose comme un tissu. Le sertissage repose sur une harmonie des pierres. Depuis l’invention du serti mystérieux en 1933, qui reste à mes yeux une innovation fondamentale pour la Maison, nous perfectionnons cet art.
Vous présentez également un nouveau Planétarium conçu dans vos ateliers. Quelle est la place de ces Objets Extraordinaires au sein de la Maison? Servent-ils avant tout de vitrine à vos savoir-faire?
Van Cleef & Arpels a toujours proposé des objets extraordinaires et de la mécanique d’art, depuis la reproduction du yacht Varuna réalisée en 1906, la plus ancienne pièce de notre patrimoine. Pour ce planétarium en particulier, outre le travail avec les pierre et matériaux, nous avons dû aller chercher des expertises rares en ébénisterie et soufflage du verre. Les automates alimentent la créativité de la maison. Surtout, ils nous permettent, année après année, d’acquérir et d’internaliser toujours plus de savoir-faire, afin d’associer la mécanique d’art à l’expression de la haute joaillerie. Et de travailler sur tous types de dimensions: la montre Bal des Amoureux en est un résultat direct.
Le patrimoine de la Maison est aussi mis à l’honneur avec la Cadenas de 1935, réinterprétée. A l’époque, cette création s’inscrivait dans un mouvement artistique fort, celui du surréalisme, faisant écho au travail de Marcel Duchamp sur les objets du quotidien. Aujourd’hui, Van Cleef & Arpels entretient-elle toujours un dialogue fort avec des artistes?
J’ai déjà mentionné la danse, mais nous menons également des collaborations avec des artistes contemporains, comme Alexandre Benjamin Navet et ses installations florales. A travers ces dialogues, nous amenons constamment notre patrimoine vers des expressions contemporaines. En revanche, nous ne travaillons pas avec des ambassadeurs à proprement parler: nous mettons en avant un travail collectif et une réunion de savoir-faire.
L’horlogerie est-elle vouée à gagner encore en importance au sein de la maison?
Nous présentons rarement des objectifs chiffrés, car nous avançons de manière très organique. Nos récompenses au Grand Prix d’Horlogerie de Genève illustrent l’appréciation que nous recevons pour nos interprétations horlogères. Mais la frontière est souvent très fine, à dessein, entre joaillerie et horlogerie chez nous. La montre Cadenas est un bon exemple. Nous sommes très optimistes, car nous n’avons pas arrêté d’intégrer des savoir-faire ces vingt dernières années et les techniques se croisent toujours davantage. Un autre très bel exemple: la boîte Onde Mystérieuse dans la collection de haute joaillerie L’Île au trésor racontée par Van Cleef & Arpels, qui comprend un clip détachable dissimulant un cadran horloger entièrement pavé de diamants sur lequel un saphir indique midi. Une pièce qui incarne une cohérence très naturelle entre ces deux univers.


