a cuisson de la céramique est l’un des plus fascinants procédés de l’art horloger, convoquant une vaste palette de compétences (relire notre article détaillé en visite chez Comadur ici).
Une marque a fait de cette technologie sa spécialité: Rado, l’horloger qui a aussi développé le premier boîtier inrayable en 1962. La société en a réalisé une version high-tech, déclinée à présent en de multiples couleurs, mais aussi une finition plasma qui nécessite le passage au four à une température de 20’000 degrés pour prendre une teinte proche de celle de l’acier.
Comme nous le révèle son directeur Adrian Bosshard, la montre céramique (en comptant également le Ceramos, lire ci-dessous) représente les trois quarts de la production de Rado, une proportion inégalée sur le circuit horloger. Notre entretien.
Europa Star: Sur la dernière décennie, quelles ont été les principales réalisations de Rado dans la recherche matériaux?
Adrian Bosshard: Il faut distinguer entre, d’un côté, l’introduction de nouveaux matériaux et, de l’autre, la conception de designs et de formes particulières. Nous avons développé plusieurs nouvelles couleurs de céramique, notamment dans la collection True Thinline Le Corbusier, avec des critères très précis en termes de tonalités. Nous allons très loin dans le détail, qu’il s’agisse de céramique bleue, turquoise ou encore vert olive. A présent, nous comptons une palette de plus de 20 couleurs bien distinctes. Et ce n’est pas une mince affaire: pour chaque couleur, il faut des cuissons et des procédures extrêmement précises pour parvenir à l’alignement uniforme des couleurs sur la boîte et sur le bracelet. Ce sont des compétences que je considère comme «magiques» en ce qui concerne l’harmonie des couleurs!
La DiaStar a aussi fait un retour en force remarqué depuis 2022, en intégrant un nouveau type de matériau (lire ici)…
Oui, le Ceramos, mélange de céramique haute technologie à 90% et d’alliage métallique à 10 %, à l’occasion de la relance du modèle pour les 60 ans de ce qui était en son temps la première montre inrayable de l’histoire. Après le modèle anniversaire conçu avec le designer Alfredo Häberli, nous avons présenté des modèles aux tons or et platine, toujours en Ceramos, une matière encore plus dure, mais aussi plus légère, que le «hard metal». Nous faisons des progrès considérables dans la maîtrise du Ceramos, tant au niveau des couleurs que des formes.
Vous parlez de l’importance des formes. A quoi vous référez-vous?
Notre R&D n’est pas seulement affaire de développer un nouveau type de matériau, mais surtout de savoir comment l’utiliser. Prenez par exemple l’Anatom, la première montre «anatomique» – comme une deuxième peau – datant de 1983, que nous avons relancée à la fin de l’année dernière. L’injection en céramique pour le boîtier permet de parvenir à une forme particulièrement ergonomique. Et nous allons équiper ce modèle d’un nouveau bracelet en céramique d’ici la fin de l’année.
Quel est le potentiel de la céramique plasma et dans quelles lignes la retrouve-t-on aujourd’hui?
La céramique plasma est déjà présente dans les collections Captain Cook, Centrix, True Square et nous allons l’intégrer à l’Anatom. Grâce à ce procédé de cuisson à plus de 20’000 degrés, la modification de la céramique lui donne une couleur proche de l’acier ou du titane, très appréciée et complémentaire à la céramique noire ou blanche. C’est une technologie très rare. Nous venons d’ajouter un nouveau four sur le site de Boncourt, qui complète celui déjà installé au Locle. Il s’agit d’une teinte unique, on ne peut pas en développer plusieurs variantes. En revanche, on peut travailler sur les finitions, polies ou brossées. Le processus de production est plus onéreux pour nous que pour d’autres types de céramique, mais nous le proposons au même prix à la clientèle.
Envisagez-vous d’ajouter à l’avenir de nouveaux matériaux ou de nouvelles couleurs à votre gamme? Dans quelles directions votre R&D vous guide-t-elle?
Nous ne nous arrêtons jamais! Nous confions en permanence de nouveaux mandats aux autres entités du groupe, qu’il s’agisse de composants, d’alliages ou de mouvements. Je peux seulement vous dire que nous avons des développements très spectaculaires en préparation. Nous n’allons ni stagner ni reculer mais continuer à surprendre nos clients. Il y aura des variations dans les familles existantes, mais nous voulons aussi développer de nouveaux types de finitions, de bracelets ou de cadrans. Nous ne lésinons pas non plus sur le mouvement, comme l’illustre l’introduction du calibre automatique R808 avec son pont central distinctif. Des secrets, nous avons encore en réserve…


