ous avions rencontré Jean-Marie Schaller en 1995 déjà, et aussitôt sympathisé, alors qu’il orchestrait - déjà - la relance d’une marque historique, celle portant le nom d’Abraham-Louis Perrelet, considéré comme l’un des inventeurs, si ce n’est l’inventeur vers 1770, de la montre automatique.
Jean-Marie nous avait déjà frappé par son calme enthousiasme, sa passion à faire revivre un ancêtre horloger, son érudition et cette année-là, il présentait une première mondiale avec la Dipteros I, la première montre automatique à double rotor, visible sur le cadran, qui deviendra la signature de la maison Perrelet.
Nous l’avions retrouvé un peu plus tard, en 2004, alors qu’il faisait renaître un autre grand horloger quelque peu oublié, Louis Moinet, en fondant les Ateliers qui portent son nom. Dire qu’avec Louis Moinet (1768-1853) il avait trouvé son graal horloger n’a rien d’exagéré. Tout dans le parcours de ce savant et de cet artiste parlait directement à Jean-Marie car Louis Moinet était tout à la fois architecte, peintre, sculpteur et horloger, enseignant au Louvre, président de la Société Chronométrique de Paris, inventeur et astronome. Sans oublier qu’il avait aussi publié en 1848 un volumineux et alors indispensable Traité d’Horlogerie.
Jean-Marie Schaller se régalait de pouvoir explorer plus avant cet univers si riche en s’inspirant directement des œuvres et de l’esprit de Louis Moinet. Rarement dans l’horlogerie contemporaine, on aura vu ainsi un homme qui faisait littéralement corps avec sa marque, allant jusqu’à s’habiller comme au grand siècle, revêtant sans ostentation, comme naturellement, redingote ou portant chapeau-claque.
Comme il nous l’avait déclaré: «Vous pouvez le croire ou non, mais j’ai créé la marque Louis Moinet car j’avais la profonde conviction que c’était mon destin. Je n’avais pas vraiment le choix. Et parce que je n’avais pas vraiment d’argent, j’ai dû le faire avec mon cœur. C’était comme une mission que je devais accomplir. C’est une vraie histoire d’amour et, croyez-moi, parfois j’ai l’impression que Louis Moinet est là, assis à côté de moi, et qu’il me souffle ses idées.»
Rarement dans l’horlogerie contemporaine, on aura vu ainsi un homme qui faisait littéralement corps avec sa marque, allant jusqu’à s’habiller comme au grand siècle, revêtant sans ostentation, comme naturellement, redingote ou portant chapeau-claque.
Commencée dans sa cuisine, cette aventure va le mener à faire de multiples recherches sur Louis Moinet, visitant tous les musées d’horlogerie du monde, à la recherche du moindre indice. Son grand coup d’éclat survint, à peine dix ans après la fondation de sa marque, lorsqu’il acheta en vente aux enchères une montre de Louis Moinet et découvrit que son horloger était en fait l’inventeur du premier chronographe au monde, avec son Compteur de Tierces créé en 1816 et qui mesurait le temps au 60ème de seconde. S’ensuivirent quelques polémiques mais in fine Louis Moinet fut unanimement reconnu comme l’inventeur du premier chronographe.
Fidèle à l’esthétique néo-classique inspirée de son mentor, Jean-Marie Schaller développa admirablement sa marque indépendante, se distinguant non seulement esthétiquement mais aussi avec une grande qualité de finitions et une approche novatrice des complications.
Son autre grande passion, en quoi il rejoignait aussi le Louis Moinet astronome, a été l’espace, le cosmos, les étoiles et les météorites. Une passion dévorante, elle aussi, qui culmine avec sa montre Cosmopolis, sortie en 2024, qui a été nommée comme étant «la montre avec le plus grand nombre d’inserts de météorite différentes» au monde par le Guinness World Records, dont une très rare météorite lunaire.
Jean-Marie Schaller va nous manquer, lui qui proposait en toute indépendance une horlogerie fastueuse, précieuse et si inventive. Mais son héritage et son œuvre vont se poursuivre, avec le soutien de toute sa famille, Micaela, son épouse, sa fille Raphaëlle et son fils Nathanaël, soutenus par toute la chaleureuse équipe qu’il avait su réunir à ses côtés.
A sa famille, à tous ses proches et à ses collaborateurs, Europa Star présente ses plus sincères condoléances, avec la conviction profonde que si Jean-Marie a rejoint les étoiles, son aventure continue.
«Vous pouvez le croire ou non, mais j’ai créé la marque Louis Moinet car j’avais la profonde conviction que c’était mon destin. Je n’avais pas vraiment le choix. Et parce que je n’avais pas vraiment d’argent, j’ai dû le faire avec mon cœur. C’était comme une mission que je devais accomplir. C’est une vraie histoire d’amour et, croyez-moi, parfois j’ai l’impression que Louis Moinet est là, assis à côté de moi, et qu’il me souffle ses idées.»


