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Bâle veut redevenir un carrefour bijoutier et horloger

juin 2026


Bâle veut redevenir un carrefour bijoutier et horloger

Sept ans après la disparition de Baselworld, Bâle n’a manifestement pas dit son dernier mot. Le 18 juin, MCH Group et Informa Markets Asia ont officiellement dévoilé Basilia Jewellery & Watch Fair, un nouveau rendez-vous international qui ambitionne de réunir à partir d’avril 2027 plus de 400 exposants issus de la joaillerie, des pierres précieuses et de l’horlogerie. Nos précisions.

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n sentiment toujours un peu étrange s’empare de celles et ceux qui ont vécu certains de leurs meilleurs moments professionnels, là, chaque printemps, durant des années, voire des décennies. Retour à Basel Messe, lieu où une partie majeure de l’histoire horlogère suisse et internationale s’est écrite. Si Baselworld a disparu, la ville de Bâle, elle, est plus vivante et colorée que jamais en ce 18 juin 2026. Et son statut de carrefour mondial de l’horlogerie et de la bijouterie lui manque certainement.

La conférence de presse, menée par Roman Imgrüth, CEO de MCH Exhibitions & Events, commence par un diagnostic précis: Bâle ne saurait plus être le lieu où la Haute Joaillerie et la Haute Horlogerie se rencontrent, cet espoir-là serait illusoire. Genève est la capitale mondiale de ce haut de gamme qui autrefois transformait des stands en immeubles richement ornés l’espace d’une petite dizaine de jours à Bâle.

La question centrale que les organisateurs de cette conférence de presse posent est: qu’en est-il des autres? Toutes ces marques et ces acteurs qui n’ont pas pour vocation de rejoindre les rives enchantées du luxe mais qui produisent, bon an mal an, des dizaines de millions de montres. «Seulement en Suisse, il existe des centaines de marques de bijoux et de montres, rappelle Roman Imgrüth. Mais celles-ci peinent à retrouver un rendez-vous international correspondant à leurs besoins commerciaux.»

Autrefois, Baselworld était le lieu où les différents segments du marché se retrouvaient, du bas en haut de l’échelle. Là où des détaillants thaïlandais pouvaient découvrir une marque de bijoux brésilienne. Ce côté global, la nouvelle plateforme «Basilia» entend le conserver. Mais en en faisant un rendez-vous abordable et ouvert, de manière pleinement assumée, à tous les fabricants, fournisseurs, marques indépendantes, grossistes, distributeurs, détaillants et spécialistes du sourcing.

«Le haut de gamme a trouvé son foyer. Mais pas le reste du marché, résume Roman Imgrüth. Les entreprises qui constituent une partie essentielle de cette industrie méritent une plateforme conçue autour de leurs besoins.» Pas quelque chose «hérité du passé», ajoute-t-il avec un sourire entendu, «mais une plateforme construite pour l’avenir.»

Cette réflexion ne date pas d’hier. Les dirigeants de MCH insistent sur le fait que le projet n’est pas né d’une réaction immédiate à la disparition de Baselworld ni d’une opportunité conjoncturelle. «Nous avons volontairement pris notre temps. Nous ne nous sommes pas précipités. Après des années de discussions et d’analyse, nous sommes arrivés à une conviction: le moment est venu», poursuit Roman Imgrüth.

L’alliance stratégique avec Informa

La principale force de Basilia réside probablement dans l’association du groupe historique bâlois MCH au groupe asiatique Informa Markets Asia, qui contrôle aujourd’hui le plus important réseau mondial de salons professionnels consacrés à la joaillerie et aux pierres précieuses, notamment à travers Jewellery & Gem WORLD Hong Kong, considéré comme le plus grand rendez-vous de sourcing du secteur.

Pour Margaret Ma Connolly, Présidente et CEO d’Informa Markets Asia, le rapprochement avec MCH Group était une évidence: «Nos deux organisations sont des leaders dans la création de plateformes où le business prospère et où naissent des connexions qui comptent. Ensemble, nous construisons un événement mondial qui répond à l’évolution des besoins de l’industrie tout en célébrant la diversité qui fait sa richesse et son dynamisme.»

Cette complémentarité constitue également le cœur du discours porté par Andrea Zappia, CEO ad interim de MCH Group: «Basilia est une plateforme conçue pour accompagner l’avenir des industries de la joaillerie et de l’horlogerie et répondre à l’évolution de leurs besoins. En associant la portée mondiale d’Informa Markets et sa compréhension approfondie de l’écosystème industriel asiatique à l’expertise de MCH Group dans la création de plateformes événementielles de classe mondiale, nous faisons émerger à Bâle un nouveau type de scène internationale - conçue dès l’origine pour connecter l’offre et la demande à travers les continents.»

Répondre à la complexité croissante du sourcing

Basilia entend ainsi devenir un pont entre la puissance manufacturière et commerciale asiatique et les marchés européens, à un moment où les chaînes d’approvisionnement se complexifient et où les besoins de sourcing évoluent rapidement.

C’est précisément sur ce terrain qu’Informa Markets justifie le lancement du projet. «Nous allons là où le marché a le plus besoin de nous et là où nous pouvons créer une véritable valeur, explique Celine Lau, Directrice du portefeuille Joaillerie chez Informa Markets. Le sourcing n’a jamais été aussi complexe. Les acheteurs recherchent des partenaires de confiance qui comprennent réellement les défis auxquels ils sont confrontés. Basilia comble ce fossé en mettant directement en relation les acheteurs avec des fournisseurs spécialisés apportant une expertise authentique et des perspectives nouvelles.»

Dans la vision des organisateurs, Basilia doit devenir un point de rencontre naturel entre l’Asie, l’Europe et les marchés occidentaux, avec un accent particulier - on l’aura compris - sur la joaillerie, qui devrait représenter la majorité des exposants.

Une ville plutôt qu’une foire

La conception de l’identité du projet a été confiée au directeur créatif de MCH Group, Art’ur Faria (qui a notamment assuré la direction artistique de l’Eurovision à Bâle l’an dernier). Le point de départ repose sur une critique implicite de nombreux salons professionnels: leur tendance à uniformiser les identités culturelles et commerciales des exposants.

«Nous nous sommes posé une question simple, explique Art’ur Faria. Pourquoi demander à une entreprise de Hong Kong, de Jaipur, d’Istanbul ou de Séoul d’atténuer son identité pour entrer dans le format d’une foire commerciale?» La réponse a donné naissance au concept fondateur de Basilia: une ville. «Nous avons plutôt pris le parti de construire le salon autour de ces origines. »

Selon lui, une ville constitue la meilleure métaphore possible pour accueillir des cultures, des métiers et des traditions différentes sans chercher à les uniformiser. «Une ville n’a pas de propriétaire unique. Elle évolue au fil du temps. Elle accueille différentes communautés. Elle ne vous demande pas de devenir quelqu’un d’autre pour y entrer.»

Cette philosophie se traduira concrètement dès la première édition à travers le thème d’une «ville en construction». Le choix est volontairement symbolique. Les organisateurs veulent assumer le fait que Basilia débute son histoire plutôt que prétendre arriver comme un produit achevé.

«Aujourd’hui, nous plantons une première graine, explique Roman Imgrüth. Les grands salons ne se construisent pas en une seule édition. Ils se bâtissent grâce à la confiance, à la constance, aux partenariats et à l’écoute.»

Art’ur Faria reprend la même idée dans sa scénographie. Structures apparentes, signalétique inspirée de l’urbanisme contemporain et espaces évolutifs doivent permettre aux visiteurs d’imaginer non seulement la première édition, mais également ce que Basilia pourrait devenir dans les années suivantes. «Nous montrons ce qui est en train d’être construit aujourd’hui, mais nous voulons déjà permettre aux visiteurs d’entrevoir ce qui pourra exister en 2028, 2029 et au-delà.»

Quartiers, vallées et districts

Plutôt qu’une organisation traditionnelle par pays, Basilia adoptera une logique de quartiers et de districts inspirée des grandes métropoles.

Le salon s’articulera autour de Jewellery Neighbourhoods, Diamond & Gem Districts, Watch Valleys, European Districts, d’un Swiss District et d’un Tech Hub. Des espaces évoqueront également les grands centres mondiaux du commerce et de la création tels que Hong Kong, Bangkok, Jaipur, Istanbul, Anvers, Paris ou Milan.

L’idée n’est cependant pas de reproduire une carte géographique du monde mais de favoriser des communautés professionnelles. Un exposant hongkongais pourra ainsi se retrouver aux côtés d’une entreprise coréenne ou européenne si leurs activités appartiennent au même univers produit. «Nous ne voulons pas penser comme une foire. Nous voulons penser comme une ville», résume Art’ur Faria.

L’accessibilité, point central

Autre sujet sensible abordé durant la présentation: le coût de participation. Les organisateurs reconnaissent que les investissements liés à certaines grandes foires internationales ont progressivement éloigné une partie du marché. Basilia entend adopter une approche différente en proposant une architecture commune et des stands de tailles variées, mais intégrés dans un langage visuel partagé.

Cette volonté d’accessibilité est d’ailleurs directement liée au positionnement revendiqué par le salon: attirer aussi bien les grands groupes que les acteurs intermédiaires qui constituent la majorité du tissu industriel mondial.

Avec plus de 400 exposants attendus dès sa première édition et une répartition annoncée de 50% de joaillerie, 25% de gemmes et 25% d’horlogerie, Basilia se présente moins comme l’héritier d’un salon disparu que comme une tentative de répondre aux nouvelles réalités du commerce international. Concernant des dates exactes, sa tenue est annoncée dans le prolongement des journées professionnelles de Watches and Wonders - et non simultanément.

Reste désormais à voir si le marché partagera cette vision. Les organisateurs, eux, assument de voir loin: «Nous souhaitons créer la première plateforme européenne dédiée aux bijoux et aux montres, concluait Roman Imgrüth lors de la présentation. Ce n’est pas un lancement, mais un processus: cette plateforme grandira avec l’industrie qu’elle sert.»

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