Quel était le point fort du dernier Baselworld, en cette année anniversaire pour Certina?
S’il fallait citer un seul modèle, je mentionnerais notre réédition de la montre DS PH200M, qui était appréciée des plongeurs dans les années 1960 et 1970. Durant ces deux décennies, Certina a testé la robustesse de ses montres dans le cadre d’une série de projets de recherche et d’expéditions, aussi bien en montagne qu’en mer. De là est né un modèle dédié à la vie sous-marine: la DS PH200M.
Cette réédition, équipée d’un calibre Powermatic 80, associe le look de l’époque avec des matériaux très modernes. Comme sur l’ancien modèle, on peut voir au dos de la montre le relief de la tortue, notre logo depuis 1959 et l’invention du système DS (pour Double Sécurité, ndlr). Aujourd’hui, ce symbole incarne d’ailleurs les préoccupations environnementales modernes – nous collaborons ainsi étroitement avec la fondation Sea Turtle Conservancy depuis l’an passé.
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- Adrian Bosshard, CEO de Certina
Mais pourquoi le choix d’une tortue comme logo en 1959? A l’époque, les préoccupations environnementales n’étaient pas aussi fortes qu’aujourd’hui. Le symbole a évolué...
C’est juste. Cet animal a d’abord été choisi en écho à la forte résistance du système DS, qui constitue vraiment le coeur de l’identité de Certina depuis 1959. Grâce à une étanchéité garantie jusqu’à 200 mètres par des joints sur la tige de remontoir et la couronne, un fond de boîte renforcé, ainsi que le verre saphir inrayable (sur les versions ultérieures, ndlr), ce système a introduit de nouveaux standards de robustesse en horlogerie.
Nous ciblons toujours aujourd’hui les personnes actives, les amateurs d’aventures et de sensations fortes. Ainsi, nous avons aussi lancé un modèle spécial DS-1 Powermatic 80 Himalaya qui rend hommage à une expédition suisse équipée de la Certina DS-1 ayant conquis pour la première fois en 1960 le mont Dhaulagiri, à côté de l’Everest.
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- Certina DS-1 Powermatic 80
Contrairement à d’autres marques du Swatch Group présentes dans le monde entier, vous avez une présence très forte sur certains marchés bien particuliers...
La nuance, c’est que nous avons toujours été une marque internationale, mais jamais globale. C’est-à-dire que nous couvrons des marchés bien spécifiques: historiquement, nos débouchés se trouve en Europe (Suisse, Allemagne, Scandinavie, Espagne), mais les deux marchés où nous avons fait une percée plus récemment, depuis une décennie, sont l’Europe de l’Est (Russie, Pologne) et la Chine.
Au sein du Swatch Group, vous êtes d’ailleurs aussi responsable des pays de l’Est. Comment y expliquez- vous le succès de Certina, notamment en Russie après la chute du Mur?
Certina a toujours produit des montres robustes, sportives et... d’une certaine taille. En Russie, les gens apprécient ces caractéristiques, d’autant plus dans un climat difficile. Par ailleurs, c’est un marché qui a une culture horlogère historique – ce dont profitent d’autres marques du groupe, comme Tissot ou Breguet. Nous avons donc à la fois du patrimoine et de la crédibilité. Sans oublier bien sûr de très bons partenaires sur place. Et des prix attractifs: nous couvrons une gamme allant de 300 francs à 1’500 francs, avec un prix moyen de 600 francs.
Quelles sont les différences principales entre les marchés d’Europe du Nord et d’Europe de l’Est?
En Scandinavie, nous vendons surtout des modèles avec bracelets en métal, tandis qu’en Russie ce sont les bracelets en cuir qui dominent. Le titane est un matériau très recherché en Europe du Nord (Scandinavie, Allemagne, Suisse), où il est apprécié pour son côté à la fois résistant et léger, tout en étant antiallergique. A l’inverse, on préfère les montres plus lourdes en Russie ou en Asie, où elles seront considérées comme de «vraies» montres. En ce qui concerne le mouvement, nous vendons davantage de montres à quartz en Europe, tandis que le calibre mécanique domine en Asie.
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- Certina DS PH200M
Votre prochain horizon est-il la Chine, où d’autres marques du Swatch Group, notamment Longines, sont déjà très bien implantées?
Du fait de notre orientation très sportive, nous ne répondions pas vraiment jusqu’à présent à ce que les consommateurs chinois cherchent en priorité: l’élégance et la finesse. Aujourd’hui, nous couvrons quatre univers, grâce auxquels nous touchons un public large: sport, plongée, urbain et héritage. Nous avons cependant toujours une marge de progression en Europe même, où j’identifie deux marchés avec un très fort potentiel pour Certina: l’Allemagne et l’Espagne, où nous pouvons encore gagner des parts de marché
Outre Certina, établie au Locle, Adrian Bosshard a également la
responsabilité de la marque allemande Union Glashütte, fondée en
1893 par Johannes Dürrstein: «C’était le distributeur de A. Lange
& Söhne et il avait pour rêve de développer une marque de grande
classe, mais avec un positionnement de prix plus bas que A. Lange
& Söhne», explique le dirigeant. La compagnie a connu le succès
jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale.
Après la chute du Mur, le Swatch Group a acquis Union Glashütte
en même temps que Glashütte Original, en 2000. «La stratification
entre les deux marques est claire, explique Adrian Bosshard.
Glashütte Original est une manufacture de luxe qui développe ses
propres calibres. Union Glashütte est une marque historique qui
utilise comme base des composants d’ETA, mais qui fabrique ses
propres masses oscillantes, ponts et platine ¾ de son calibre à remontage
manuel et qui réalise l’assemblage du mouvement et de la
montre dans ses ateliers de Glashütte.»
Avec un design classique, un esprit très germanique et des modèles
100% mécaniques, la marque touche essentiellement une clientèle
allemande, mais aussi asiatique et russe.