Dans les années 1950, le nombre croissant d’avions traversant en tous sens les fuseaux horaires rend progressivement indispensable l’adoption d’une seule référence horaire valable pour chaque objet volant, en tout lieu, quelle que soit l’heure locale. En adoptant comme même référence horaire le Greenwich Mean Time (GMT) valable pour l’ensemble des avions, des aiguilleurs du ciel et des plans de vol, il devenait enfin possible de faire cesser nombre de confusions potentiellement lourdes de conséquences. C’est la naissance du fameux «zulu time». Une marque a d’emblée compris tout le potentiel de cette décision: Rolex. En collaboration avec la fameuse compagnie Pan Am, Rolex lance en 1954 la GMT Master, référence 6524, devenue la «mère» de toutes les montres GMT.
Le principe est simple, le design ergonomique, la fonction très pratique, le réglage enfantin. Et elle a fait boule de neige. Une quatrième aiguille luminescente, en forme de flèche immédiatement reconnaissable, fait le tour du cadran en 24 heures, qu’elle pointe sur une lunette tournante à 24 graduations. Elle se règle indépendamment par la couronne, en position 2.
On règle la flèche sur l’heure de son lieu de départ – le zulu time pour les aviateurs, le home time pour leurs passagers – puis sans interférer sur les minutes et les secondes on règle l’aiguille des heures courantes (12h) sur le fuseau horaire que l’on parcourt ou vers celui de notre destination. Toutes les marques ou presque ont rapidement emboîté le pas.
Breitling, qui avec sa Breitling Navitimer collabore déjà activement avec l’aviation et est déjà gardetemps officiel de l’Aircraft Owners and Pilots Association (AOPA), commence à sortir des modèles GMT au début des années 1960. Elle introduit la Chrono-Matic, qui combine double fuseau horaire à aiguille GMT et chronographe à remontage manuel.
En 1969, c’est au tour d’Omega de lancer ses Flightmaster, «pour les voyageurs intercontinentaux». Sept aiguilles de couleurs vives et contrastées, trois couronnes et deux poussoirs permettent d’activer un chronographe avec lunette tournante intérieure et de manipuler une aiguille GMT bleu vif en forme d’avion. Le tout se partage l’espace dans un gros boîtier de forme oblongue. Elle durera jusqu’au milieu des années 1970. Mais peu ou prou, toutes les marques horlogères s’y sont mises et on ne compte plus les modèles GMT ou ceux qui ont opté pour une autre configuration – mais les mêmes fonctions – qu’on distingue en les appelant «montre à deuxième fuseau horaire». Montres plus «civiles », mois «professionnelles», les montres à deuxième fuseau horaire permettent tous les types d’affichage et se départissent ainsi de l’esthétique sportive de la GMT. Elles sont à leur façon la version habillée du voyageur – ou du sédentaire tout aussi bien.


